A en perdre la raison, folie et colonisation à Madagascar
Chargé de recherches au CNRS, Raphaël Gallien travaille sur l’histoire des sociétés coloniales du sud-est de l’océan Indien, ce qui l’a amené tout naturellement à s’intéresser à Madagascar. Il a choisi un angle particulier : la folie.
Dans les archives de l’asile

Raphaël Gallien a trouvé la matière à son livre A en perdre la raison dans les archives de l’asile d’aliénés d’Anjanamasina, fondé par les Français. On y trouve de tout : un instituteur en délire, des travailleurs épuisés, des femmes victimes de violences et même des colons épuisés et déclassés, n’ayant pas trouvé fortune à Madagascar. Notre historien y établit, dans la lignée de Frantz Fanon un lien entre folie et la colonisation, la première venant en conséquence de la domination coloniale. Les dossiers trouvés en 2019 racontent selon lui la domination française et ses effets sur une société malgache fracturée, marquée par la période précoloniale. Il y a des malades qui se croient héritiers d’anciens rois…
Observer les effets de la colonisation
Il est vrai que les expériences des malades racontent une société sous domination européenne, française. Ceux qui y arrivent ont, pour la plupart, subi la colonisation, même si certains ont essayé d’en tirer parti, parfois en se rendant en métropole. On voit aussi l’effet des guerres, particulièrement de la seconde guerre mondiale, où la France battue a perdu de son lustre. L’île est même, pendant un temps, occupée par les Britanniques (rivaux historiques des Français dans l’océan Indien) avant d’être rétrocédée aux gaullistes. En 1947 éclate une insurrection indépendantiste qui sera durement réprimée par la France. L’asile verra arriver quelques malades en plus, symbole d’un ordre colonial qui disparaître pourtant en 1960.
Un ouvrage intéressant
Sylvain Bonnet
Raphaël Gallien, A en perdre la raison, La Découverte, août 2026, 220 pages, 20,50 euros
