Ramsès II, le pharaon qui voulait devenir immortel
Il est sans doute l’un des pharaons les plus célèbres de l’histoire. Son nom évoque immédiatement les temples monumentaux d’Abou Simbel, les statues colossales et la grandeur de l’Égypte ancienne. Ramsès II, souverain de la XIXe dynastie, a pourtant été plus qu’un bâtisseur : il fut un roi qui consacra toute son existence dans l’éternité.
Dans cet ouvrage, Ramsès II, publié dans la collection Folio Biographie, l’égyptologue Amandine Marshall propose de dépasser le mythe pour retrouver l’homme derrière l’image officiel du « grand pharaon ». Cette démarche s’inscrit dans une longue tradition historiographique de réévaluation des figures royales égyptiennes depuis les premières lectures monumentales du XIXe siècle où les temples et les inscriptions étaient abordés comme des témoignages directs et grandioses d’une civilisations figés dans la pierre jusqu’aux approches contemporaines qui interrogent la fabrication de la mémoire pharaonique.
La construction d’un destin exceptionnel

Monté sur le trône alors qu’il est encore jeune, Ramsès II règne pendant plus de soixante ans sur l’Égypte. Son époque est celle d’un empire puissant mais confronté à de grands rivaux avec notamment les Hittites. La bataille de Qadesh (1274 avant J.C.), qui fut longtemps présentée comme une immense victoire égyptienne, révèle aussi la capacité du souverain à utiliser l’évènement militaire comme un formidable instrument de communication politique.
L’historiographie moderne, notamment depuis les travaux de l’égyptologie du XXe siècle, a profondément nuancé la lecture de cette bataille : loin d’être un triomphe décisif, Quadesh apparaît plutôt comme un affrontement indécis transformé en victoire symbolique par la propagande royale. Les analyses inspirées de l’histoire culturelle et des travaux de Jan Assman sur « la mémoire culturelle » montrent ainsi comment Ramsès II a construit une narration officielle destinée à survivre aux faits eux-mêmes.
Car Ramsès II comprend que le pouvoir ne repose pas seulement sur la force des armes. Il faut aussi convaincre et transmettre une image de puissance. Ses monuments, ses inscriptions et ses représentations participent d’une véritable stratégie de mémoire.
L’autrice de cet ouvrage : une brillante égyptologue
Comme vous l’aurez sans doute compris, l’autrice de cet ouvrage, Amandine Marshall, maîtrise parfaitement bien son sujet. Elle est docteure en égyptologie, historienne mais également archéologue. Spécialiste de l’Égypte ancienne, elle mène des recherches consacrées notamment à la société, aux pratiques culturelles et à la transmission des savoirs liés à cette civilisation. Elle est par ailleurs autrice de plusieurs ouvrages destinés à faire découvrir l’égyptologie au grand public et elle intervient régulièrement dans des actions scientifiques.
Un pharaon entre guerre, diplomatie et famille
L’un des grands intérêts du livre d’Amandine Marshall est de montrer la complexité du personnage. Ramsès II n’est pas seulement le conquérant célébré par la propagande royale. Il est également un diplomate qui conclut avec les Hittites l’un des plus anciens traités de paix connus de l’histoire.
Il est aussi un homme entouré d’une famille immense, père de plusieurs enfants, dont plusieurs seront associés à la succession royale. Derrière le souverain divinisé apparaît donc un personnage confronté aux réalités humaines du pouvoir : assurer sa descendance, maintenir l’ordre du royaume et préserver son héritage.
La naissance d’une mémoire éternelle
Ramsès II avait compris que les monuments pouvaient devenir un moyen de vaincre le temps. Les temples qu’il fit édifier, les statues qui représentent son image et les textes qui racontent ses exploits forment une gigantesque entreprise.
Les approches historiographiques récentes, notamment influencées par l’archéologie et les études sur la monumentalité, insistent sur cette dimension construite de la postérité royale. Loin d’être de simples témoignages, les monuments de Ramsès II apparaissent comme des dispositifs politiques visant à produire une mémoire contrôlée du pouvoir.
Plus de trois mille ans après sa mort, cette stratégie a fonctionné : Ramsès II demeure l’un des rares souverains de l’Antiquité dont le nom est encore connu du grand public.
Au final, il s’agit d’une excellente biographie qui constitue une porte d’entrée idéale pour faire découvrir au lecteur l’Égypte du Nouvel Empire. L’autrice invite le lecteur à regarder Ramsès II non seulement comme un pharaon mythique mais aussi été comme la figure d’un homme de pouvoir qui a été continuellement renouvelé par l’historiographie.
Biographie que je conseille de lire.
Franck Dupire
Amandine Marshall, Ramsés II, folio histoire, Gallimard, 239 pages, avril 2026, 10.50 euros
