Les Dieux lents, un space opera qui prend son temps 

La naissance d’une écrivaine de science-fiction

Claire North, alias Catherine Webb, a commencé par publier des romans pour la jeunesse avant de se tourner vers une science-fiction plus adulte avec par exemple l’excellent cycle de La Maison des jeux dont le premier tome, Le Serpent, a remporté le prix Imaginales. Son roman court, Sweet Harmony, est une anticipation très critique de l’obsession de la minceur et de la beauté via les nanotechnologies : encore une réussite. Les Dieux lents se veut un space opera mais selon son style, comme on va le voir.

Solitude et apocalypse

« Je m’appelle Mawukana na-Vdnaze et je suis une très mauvaise copie de moi-même.

D’après la commandante, il est important que je canalise ma curiosité dans de grandes choses. Elle se donne beaucoup de mal pour m’occuper en permanence. Me réguler. C’est pourquoi j’ai rédigé plusieurs essais sur des sujets tels que la botanique extra-planétaire, la linguistique xéno-archéologique, la sociologie inter-espèces ou l’histoire de l’art, plus un article assez fantaisiste sur la jonglerie qui a suscité un intérêt surprenant. »

Drôle de vie que celle de Mawanka na-Vdnaze, dit Maw, pilote d’astronef mort une première fois dans les ténèbres séparant les étoiles. Il est ressuscité mais se sent étrange. Comme une pâle copie de ce qu’il a été. Maw est issu d’une planète sans importance membre de l’Eclat, un empire interstellaire. Or, cet empire va être secoué par l’explosion d’une supernova qui va stériliser les planètes habitables dans un rayon d’une dizaine d’années-lumière, tuant la majeure partie de la population de la planète où vit el grand amour de Maw, Gebre. C’est le début de l’hostilité de Maw envers l’Eclat, sans compter des entités étrangères tapies dans l’ombre de l’espace…

Un roman paradoxal

Les Dieux lents surprend par son refus du spectaculaire, malgré les évènements racontés. Pas de bataille, des explosions à distance, pas de révélation (sauf une à la fin mais compréhensible par la psychologie de Maw). On a ici droit à un roman qui revendique son droit à la lenteur dans un monde hyper speed : c’est plus que recommandé pour le coup ! apprenez à prendre votre temps, à vous plonger dans ces pages où l’autrice elle aussi prend son temps pour raconter son histoire (car Claire North est clairement une raconteuse d’histoire). Les Dieux lents fait le pari de la complexité et de la réflexion, au lecteur de suivre en hésitant pas à se remettre en question (ce que j’ai fait, très bien).

Sylvain Bonnet

Claire North, Les Dieux lents, traduit de l’anglais par Michelle Charrier, Le Bélial, illustration de couverture de Nico Taylor, avril 2026, 448 pages, 24,90 euros

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