Une armée « révolutionnaire », Contre-insurrection et subversion militaire pendant la guerre d’Algérie

Voici un ouvrage original consacré à la façon dont une partie des officiers français se sont radicalisés en menant une guerre contre-insurrectionnel en Algérie. C’est l’historien Denis Leroux, docteur en histoire de l’université Paris 1-Panthéon Sorbonne.

Des révolutionnaires d’un nouveau type

Il faut dire un mot de cette armée française qui a subi dans les quinze ans qui précèdent les débuts de la guerre d’Algérie deux défaites : l’une en 1940 face à la Wehrmacht, avec les divisions entre vichystes, voire giraudistes d’un côté et gaullistes de l’autre, la deuxième en 1954 à Dien Bien Phu face aux communistes du Vietminh. Beaucoup d’officiers ont fait l’Indochine, ont parfois été prisonniers du Vietminh. Ils ont réfléchi à la guerre révolutionnaire et en sont venus à penser que, pour gagner en Algérie, l’armée doit elle aussi se montrer révolutionnaire. On les trouve par exemple au bureau d’action psychologique, rebaptisé 5e bureau en 1957. Leur tactique est simple : encadrer les populations, particulièrement les Algériens mais, et c’est nouveau, en les intégrant au corps politique français. Ces officiers sont des partisans de l’égalité des droits et de l’intégration, ils bousculent donc cette Algérie coloniale qu’ils sont venus défendre. On les retrouve ainsi aux premières loges en mai 1958 face à une IVe république qu’ils jugent faible, incapable de l’emporter face au FLN. Ils se rallient et soutiennent de Gaulle jusqu’au jour où…

Un échec

On peut créditer beaucoup de ces officiers d’avoir voulu sincèrement changer les choses en Algérie et éviter les lynchages et les massacres de civils. Pour autant, leur volonté de mener une guerre révolutionnaire les mène à une impasse face à une population ralliée peu ou prou, de bon ou de mauvais gré, à la cause nationaliste. Les manifestations de début 1961 à Tiaret le montrent. Notons que ces officiers ont voulu jouer un rôle politique, ce qui est contraire à la tradition de la grande « muette ». Le général de Gaulle, partisan (bien que militaire d’origine) de la primauté du politique, va en tout cas tout faire pour réduire leur influence à néant. Le 5e bureau est dissous après la semaine des barricades. Certains de ces hommes rejoindront l’OAS, une autre histoire…

Excellente synthèse.

Sylvain Bonnet

Denis Leroux, Une armée « révolutionnaire », La Découverte, préface de Raphaëlle Branche, mai 2026, 340 pages, 22 euros

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