J’étais Abigail Boone, noir et cruel
On a connu Dominic Nolan avec deux romans, Vine Street et surtout White City, vision au scalpel de l’Angleterre des années cinquante qui a reçu le prix Mystère de la critique en 2026. Les éditions Rivages ont choisi de publier Past Life, dont le titre français sera J’étais Abigail Boone, un thriller dont on attend beaucoup : à raison ?
Au bout de l’horreur, l’amnésie
« Ce qui était en train d’arriver n’existait déjà plus, s’effaçait de son esprit plus vite que celui-ci ne pouvait l’appréhender. Elle ne s’expliquait pas pourquoi elle était allongée. Il y avait un matelas nu sous elle et elle faisait face à un mur. Elle balaya du regard la pièce faiblement éclairée à la recherche de quelque chose de familier, d’un détail quelconque susceptible de lui indiquer où elle se trouvait. La fenêtre était soigneusement occultée par des planches vissées dans le mur de chaque côté. »

Enquêtant sur la disparition de Sarah Still, la policière Abigail Boone se réveille dans une pièce inconnue, complètement hagarde. Elle réussit à s’évader en emmenant avec elle une jeune bulgare, Roo. La police les retrouve et les fait hospitaliser. Mais Abigail Boone a un problème : elle souffre d’amnésie rétrograde et est devenue une étrangère pour son entourage. Son mari Jack et son fils Quin cherchent à ranimer ses souvenirs, en vain. Elle préfère se faire appeler « Boone » désormais plutôt qu’Abigail ou Abby…
Elle est proche de Tess, une jeune fille qu’elle a aidé avant sa disparition, et de son père Mickey Box, un truand qui la respecte énormément. Boone décide de revenir sur son enquête initiale concernant Sarah Still, quitte à se fâcher avec la police. Tess et Roo vont l’aider. Mais Boone est loin de se douter que son enquête va la mener aux confins de l’horreur et mettre en danger ses proches.
Un thriller soigné
On ressort de J’étais Abigail Boone complètement éreinté. Il faut dire que Dominic Nolan a choisi de nous raconter une histoire dure, violente, parfois spectaculaire qui ne peut laisser indifférent. On est entre roman noir (la critique sociale n’est jamais loin, l’aristocratie en prend pour son grade) et thriller. Très efficace, J’étais Abigail Boone surprend par sa puissance narrative. On attend la traduction de sa suite, After Dark.
Sylvain Bonnet
Dominic Nolan, J’étais Abigail Boone, traduit de l’anglais par Isabelle Maillet, Rivages, septembre 2026, 432 pages, 23,50 euros
