Du ciel à mes épaules de Dominique Sampiero
Poète après tout
Dominique Sampiero est un auteur prolifique : sa bibliographie en fin de livre comporte 190 références. Surtout en poésie, mais pas que : on y trouve des romans, des récits, des livres jeunesse, du théâtre, des scenarii. N’a-t-il pas été, entre autres, le coscénariste du film de Tavernier, Cela commence aujourd’hui (1999) ?
On peut admirer sa facilité d’écriture, on pourrait dire de lui, qu’il écrit comme il respire – parce qu’il écrit pour respirer ? Sans doute notre poète avait-il besoin d’être reconnu, de trouver une place… Il dit de son enfance qu’il n’y avait pas de monde pour lui, il se sentait étranger : « Je ne me sentais pas complètement vivant et comme en dehors de mon corps, de ma présence ». Heureusement, « la poésie m’est arrivée dans une solitude sous forme d’une parole à moi-même pour me sentir vivant » dit-il sur le site Recours au poème.

Il écrit de la poésie telle qu’on l’aime, telle qu’on l’attend, à chaque ligne on reconnait une poésie parfaitement poétique, tous les ingrédients sont là… ce qui lui donne un air… trop attendu mais parfaitement digeste qui le conduit parfois, mais rarement, à des excès de poéticaillerie, comme ici : « Jouir est triste ensuite. C’est la chute. J’aimerais ne pas tomber. Tenir ma semence toujours plus haut de l’arbre… » où l’on passe en revue la mythologie édénique. Le plus souvent, son écriture coule de source.
Alors qu’un poème doit surprendre, nous emporter dans un lieu nouveau… inattendu.
Qu’en dit-il ? « La poésie en nous mettant au monde à chaque poème nous révèle cette part d’infini qui nous accueille à chaque mot, à chaque silence, dans la conscience. » Il fait ainsi de la poésie un ersatz de religion, ce qui est fréquent depuis la fin du XIXème, lorsque le christianisme commença à décliner. Ainsi, « Le langage nous parle d’une éternité dont notre esprit ne sait rien dire » dit-il encore dans Recours au poème.
Une tentative de conversion
Dans sa préface, Fredéric Dieu enfourche cette ambiguïté. Il nous parle du « souffle de la Parole créatrice, sa liberté et sa souveraineté » … avec une Majuscule, svp ! Nous voilà élevés à une métaphysique de la Poésie souveraine… devenue prophétie ?
… donc le poète « se plonge dans le ciel » qui est bien sûr un lieu de « révélation ». Ce ciel qu’habite le poète et qui habite en lui « c’est l’espace d’une rencontre avec Dieu » ! Voilà que Dominique Sampiero se trouve habillé pour l’hiver d’une chasuble monacale ! Lui qui a toujours précisé qu’il refusait les religions, quand bien même il se dit sensible à une certaine spiritualité personnelle.
On peut donc regretter la violence de cette conversion forcée… qui ne fait pas honneur aux prix Yvan-Goll et Ganzo qui ont récompensé Frédéric Dieu, ni à l’éditeur qui l’a choisi pour cette préface. Heureusement, Dominique Sampiero n’a rien à voir avec cette conception religieuse et droitière, il suffit de le lire pour s’en rendre compte. Ne dit-il pas :
« Je crois au Dieu des miettes de pain, du plaisir qui courbe la nuque, des larmes qui écartèlent le cœur »
Et encore
« Je crois ne pas croire mais seulement vivre mon coma de pierre qui éclate à l’hiver »
Dominique Sampiero n’avait d’autre solution que d’habiter sa vie en poète, il a réussi, à sa façon.
Mathias Lair
Dominique Sampiero, Du ciel à mes épaules et autres poèmes, préface de Frédéric Dieu, Gallimard Poésie, septembre 2026, 304 pages, 9,40 euros
