Le roman du Palais Bourbon, trois siècles de vie politique

Historien et membre de l’Institut, Emmanuel Maury s’est fait connaître avec Le dernier des Condé (Tallandier, 2019), biographie qui a reçu le prix du Guesclin, et Le Roman secret de Chantilly (Perrin, 2024). Il est donc familier de la famille de Condé qui, on va le voir, est lié à l’actuel Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale.

Du palais des Princes à l’Assemblée nationale

L’édifice a été construit sur l’impulsion de Louise-Françoise de Bourbon, fille naturelle de Louis XIV, mariée jeune au petit-fils du grand Condé. Malheureuse en ménage, elle est devenue la maîtresse de son cousin le prince de Conti, puis du comte de Lassay (d’où le fameux hôtel de). Le palais est ensuite acquis par Louis XV qui finit par le rétrocéder aux Condé. A la Révolution, ceux-ci quittent la France en juillet 1789 et le palais est confisqué. On y loge l’école Polytechnique avant d’en faire le siège de l’assemblée des Cinq Cents sous le Directoire, puis du Corps législatif sous le Consulat et l’Empire. A la Restauration, le palais est rétrocédé aux Condé, une famille sans avenir depuis la mort du duc d’Enghien… Louis-Philippe, après bien des intrigues, récupère l’héritage après la mort du dernier prince de Condé dans des circonstances troubles. Le palais continue en tout cas de loger la chambre basse sous la monarchie de Juillet.

Par la suite, l’édifice verra alors se succéder les assemblées jusqu’à l’avènement de la IIIe République.

Bien des vicissitudes

Et il s’en passe des choses ! Une bombe y explose en 1892, causant bien des blessés : c’est la période des attentats anarchistes. Le palais Bourbon est plutôt le lieu des affrontements verbaux, des joutes oratoires, ainsi entre Clemenceau et Ferry en 1885, Clemenceau et Jaurès ensuite… Le palais survit à la crue de la Seine, à la grande guerre (qui voit des députés comme Abel Ferry mourir au combat), puis au 6 février 1934. Durant la seconde guerre mondiale, le palais Bourbon est occupé par les Allemands. La IVe République, puis la Ve le réoccupent. On y voit Mitterrand y affronter Pompidou, Chaban faire son discours sur la nouvelle société en 1969, Simone Veil y défendre sa loi autorisant l’avortement et Rocard promouvoir le RMI. Ce temps est loin. Aujourd’hui, le palais Bourbon est devenu le symbole de la paralysie politique et de la violence verbale entre LFI, RN, bloc central. Jusqu’à quand ? L’ouvrage, érudit, plaira.

Sylvain Bonnet

Emmanuel Maury, Le roman du Palais Bourbon, Perrin, août 2026, 480 pages, 25 euros

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