Une unique lueur : le mystère des choses que l’on ressent sans les comprendre
Il y a chez Fred Vargas une manière unique de raconter le crime : non pas comme un problème à résoudre mais plutôt comme une unique à ressentir.
Dans son excellent dernier roman policier, Une unique lueur, tout commence simplement. Une femme morte, déposé dans la rue, sans violence apparente. Rien de spectaculaire. Rien d’évident.
Et pourtant, il y a quelque chose qui cloche…
Le personnage principal, le commissaire Adamsberg, où l’art de ne pas savoir
Le commissaire Adamsberg n’est pas un policier comme les autres. Il doute. Il hésite. Il avance à tâtons. Mais très vite, face à la scène du crime, il lâche cette phrase étrange :
« Cela vous dit quelque chose ? Parce qu’à moi, oui »
Mais quand on lui demande quoi. Il est alors incapable de répondre.
« Mais justement rien. C’est quelque chose que je ne sais pas alors que cela me dit quelque chose ».
Et justement, tout le roman tient dans cette contradiction : sentir sans comprendre et sans pouvoir expliquer.
Mais Adamsberg s’obstine presque :
« Il nous faut comprendre – comprendre quoi ? – Mais le quelque chose »
L’autrice : une femme qui cherche à comprendre

Fred Vargas, de son vrai nom Frédérique Audouin-Rouzeau, n’est pas seulement la célèbre autrice de romans policiers. Elle est aussi une historienne et une archéologue qui cherche à comprendre les traces du passé.
Et dans son écriture, cela se sent. Elle écrit comme elle fouille. Tout est dans le détail. Ses personnages acceptent de ne pas tout comprendre tout de suite. Ils suivent des traces parfois invisibles.
Chez elle, l’enquête ressemble presque parfois à une recherche scientifique mais guidée par l’intuition du célèbre commissaire Adamsberg.
Une écriture simple… et profondément singulière
Ce qui rend Fred Vargas si accessible et si différente est sa manière d’écrire sans complexifier les choses. Les phrases sont courtes. Les dialogues vivants. L’humour discret. Mais derrière cette simplicité, il y a une vraie singularité. Une écriture qui laisse de la place au flou. Une intrigue qui accepte de ne pas tout expliquer immédiatement. Et cette petite phrase qui revient comme une musique intérieure au fil des pages :
« Cela me dit quelque chose… mais je ne sais quoi. »
Un roman accessible. Mais pas ordinaire
Une unique lueur se lit donc facilement mais, comme vous l’aurez compris, il ne fonctionne pas comme un polar classique.
Au fil des pages, ce n’est pas un jeu de devinettes. Ce n’est pas non plus une course contre le temps. C’est plutôt un roman sur cette chose étrange que nous connaissons tous : l’impression confuse que quelque chose nous échappe… Tout en étant sous nos yeux.
Au final, il s’agit d’un très bon roman policier. Il est fluide, clair mais profondément original. Et si après avoir lu ce roman, vous vous dites : « Cela me dit quelque chose », alors le livre est réussi.
Franck Dupire
Fred Vargas, Une unique lueur, Flammarion, 523 pages, avril 2006, 23 euros
