1776, l’année américaine
Membre honoraire de l’Institut universitaire de France, professeur de civilisation et d’histoire des Etats-Unis à l’université Paris-8, Bertrand Van Ruymbeke est l’auteur d’une Histoire des Etats-Unis (Tallandier, 2018) qui a obtenu un certain succès. En cette année où les Etats-Unis fêtent le deux-cent cinquantième anniversaire de leur déclaration d’indépendance, il revient justement sur le déroulement de cette année assez unique en son genre.
Une histoire jouée d’avance ?

Bertrand Van Ruymbeke commence par retracer comment la métropole britannique et ses colonies américaines en sont venues à cette rupture qui n’était pas écrite d’avance. C’est la question financière liée à la dette accumulée lors de la guerre de Sept ans qui a amené Londres et son parlement à créer des taxes dans les colonies, dont une sur le timbre, et à obliger les colons à acheter du thé à la Compagnie des Indes : un monopole contesté à Boston lors de la fameuse « Boston Tea Party ». En 1774, un congrès se réunit à Philadelphie. Les délégués se révèlent très partagés, personne n’ose encore (à part John Adams) envisager l’indépendance franchement. C’est là que Benjamin Franklin va à Londres pour défendre le point de vue américain, bien accueilli par Lord Howe et sa famille, avant de se faire humilier par la Cour. Car le roi Georges III et son gouvernement se montrent intransigeants, au grand désespoir de William Pitt devenu lord Chatham…
Et vint la déclaration
George Washington commande l’armée des miliciens, les débats montent lors du deuxième congrès. Les délégués de Pennsylvanie ou de New York se montrent hostiles à la séparation vers l’Angleterre. Cette dernière ne cesse de commettre des erreurs, recrutant des mercenaires allemands et préparant une sévère reprise en main. Les Américains sont déjà en contact avec la France, l’ancien ennemi de la guerre de set ans, et Vergennes, via Beaumarchais, organise son jeu pour prendre sa revanche contre l’ennemi héréditaire (sans préjuger de son coût qui sera une des causes du déclenchement de la Révolution française) tout en attendant le bon moment. En lisant cet ouvrage, on comprend que les maladresses anglaises ont poussé les colons Américains à se radicaliser. L’auteur estime cependant que l’indépendance était inéluctable. Synthèse d’une clarté efficace.
Sylvain Bonnet
Bertrand van Ruymbeke, 1776, Tallandier, mars 2026, 624 pages, 24,90 euros
