Les Années folles en France, un pays en mutation

Biographie d’Aristide Briand (Fayard, 2005), de Gaston Deferre (Fayard, 2011) et de Gambetta (Perrin, 2022), Gérard Unger s’est imposé parmi le public des amateurs d’histoire par son style clair et son sens de la mesure. Il s’attaque ici à une période parfois décriée, méconnue aujourd’hui, les années folles, délimitées de 1918, année de la victoire, à 1931, année de l’entrée du pays dans la grande crise des années trente.

Un pays qui souffle

Les femmes qui se coupent les cheveux à la garçonne, l’arrivée du jazz et du charleston, le surréalisme : voilà à gros traits les souvenirs de cette période. Le livre de Gérard Unger permet de découvrir un pays qui sort de quatre ans d’une guerre éprouvante, marqué par des pertes effroyables augmentées par l’épidémie de grippe espagnole. Clemenceau, négocie le traité de Versailles avec son équipe et doit tenir compte d’une économie française fragile et endettée (décidément !) auprès de ses alliés. En janvier 1920, battu aux élections présidentielles par Deschanel, Clemenceau se retire et laisse sa place à Millerand puis, in fine à Briand et Poincaré. La France cherche alors à obtenir le maximum de réparations l’Allemagne, tentant la manière forte (l’occupation de la Ruhr) et la négociation (les accords de Locarno). Si l’économie se relève et se modernise, la stabilisation monétaire et financière est obtenue après l’échec désastreux du Cartel des gauches par Poincaré. Cela ne durera pas. Mais la France se modernise peu à peu.

Un pays en transformation lente

La démographie française se remet mal des pertes humaines de la guerre malgré le retour de l’Alsace-Lorraine. Beaucoup de femmes peinent à trouver un mari, nombreuses sont les veuves. Si le droit de vote n’est pas donné aux femmes, on voit en tout cas de plus en plus de bachelières. La vie artistique est très riche durant ces années, notons la revue nègre (sic) avec Joséphine Baker qui entame là son histoire d’amour avec notre pays. Paris attire beaucoup d’américains de la fameuse génération perdue, celle de Fitzgerald et du grand Hemingway. Au plan sociologique, la part de la paysannerie recule dans la population active tandis que l’industrie progresse. Les années folles sont un peu selon l’auteur une préfiguration des trente glorieuses. Pourquoi pas ?

Sylvain Bonnet

Gérard Unger, Les années folles en France, Perrin, octobre 2026, 368 pages, 25 euros

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