Antoine Barnave, le révolutionnaire royaliste

Spécialiste de la Révolution et de l’Empire, Jean-Philippe Rey a déjà publié une Histoire du consulat et du Premier empire (Perrin, 2016), Les hommes de Bonaparte (Perrin, 2023) et plus récemment C’était déjà la Révolution ! 1786-1789 (Perrin, 2026). Il a choisi ici de consacrer une biographie à une figure qui intéressa en son temps François Furet, Antoine Barnave.

Le jeune homme de Grenoble

Ce livre permet de découvrir Barnave dans ses années grenobloises. Issu d’une famille protestante marquée par la révocation de l’édit de Nantes en 1685 et une existence faite de compromis (les enfants sont baptisés par un curé complaisant), le jeune Antoine grandit dans une famille tournée vers les métiers juridiques. Or, la pré-Révolution commence dans une ville comme Grenoble (Rey l’a montré dans son précédent livre). Le jeune avocat Barnave y voit avec son collègue et ami Mounier une occasion de promouvoir leurs idées de réformes. Et ça marche, le roi, devant les blocages politiques de l’année 1788, convoque les états généraux. Barnave, comme Mounier, est élu.

Pour la Révolution, jusqu’à la mort                   

Antoine Barnave s’impose rapidement comme un des meilleurs orateurs de l’assemblée constituante, face à un Mirabeau qui se mue après le 14 juillet 1789 comme un défenseur de la prérogative royale. Fâché avec Mounier et le groupe des monarchiens, il forme un « triumvirat » aux Jacobins avec Duport et Lameth. Barnave défend la constitution civile du clergé, la création des départements mais aussi le choix du monocamérisme (il le regrettera) et la défense des colons de Saint-Domingue. Contre une large partie de l’assemblée, par conviction essentiellement (et aussi par souci de la géopolitique face à l’Angleterre), Barnave défend le système colonial au profit des colons blancs au détriment des mulâtres et des noirs libres, sans compter les esclaves.

L’étoile de Barnave pâlit sensiblement après 1790-91. On le soupçonne avant Varennes d’être acheté par la Cour, à tort. Il tente après le retour du roi de le rallier lui et la reine à la constitution. Il entame alors une correspondance avec Marie-Antoinette où il dispense conseils et admonestations, en vain. Dommage car Barnave reste royaliste, ce qu’il paiera de sa vie en 1793. Son itinéraire méritait d’être retracé par ce livre synthétique.

Sylvain Bonnet

Jean-Philippe Rey, Antoine Barnave, Passés composés, octobre 2026, 310 pages, 23 euros

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