Les années perdues, des gens blessés

John Harvey a commencé dans la poésie (il en écrit toujours) avant de se tourner vers le roman noir, d’abord avec Cœurs solitaires, premier roman de la série consacré à son enquêteur d’origine polonaise et fan de jazz Mike Resnick, puis avec De chair et de sang qui introduisait le personnage de Frank Elder. Les années perdues, rééditée cette année par Rivages, se situe dans le cycle consacré à Resnick.

Comme une poupée gigogne

«          – N’oublie pas qu’on se retrouve à la Chaloupe, Charlie. Vers huit heures et demie, neuf heures. D’accord ?

En entendant la voix de Ben Riley, Resnick se retourna. Il repéra sans peine le visage de son collègue. Dans la meute des supporters massés contre la barrière, il était bien le seul homme à ne lancer ni sarcasme, ni injures. »

Début des années quatre-vingt-dix, Charlie Resnick est toujours inspecteur à Nottingham. Ses enquêtes le ramènent maintenant vers le passé. Une dizaine d’années auparavant, des vols avaient été commis pour plus d’un demi-million de livres. A l’époque, Resnick et son collègue Rains avaient remonté une piste les menant à Ruth James, une ex-chanteuse, et à son ami Prior. Resnick se souvenait très bien de Ruth : elle chantait le soir où, pour la première fois, il avait rencontré sa future femme, Elaine. Elaine qui, au moment de cette enquête, le trompe. Resnick arrête Prior. Elaine demande le divorce.

Retour maintenant au présent, Prior va sortir de prison. Que va-t-il faire ? Se venger de Ruth qu’il croit responsable de son arrestation ? Resnick va devoir affronter le passé et ses fantômes.

Un long blues

Il y a beaucoup à dire sur Les années perdues. C’est d’abord le portrait d’une société frappée par la crise, la précarisation où beaucoup vivotent en attendant mieux. C’est ensuite une longue description du temps qui passe, laissant des personnages blessés et marqués par la vie. Remarquablement bien construit sur trois époques, le roman de John Harvey raconte un monde qui court vers sa fin. Bouleversant. John Harvey est définitivement un grand écrivain.

Sylvain Bonnet

John Harvey, Les années perdues, traduit de l’anglais par Jean-Paul Gratias, avant-propos de François Guérif, Rivages, mars 2026, 412 pages, 10 euros

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