Territoire de trappe, du sang sur la neige
Un polar venu de la Belle Province
On ne connaît pas ici Sébastien Gagnon, auteur québécois qui a écrit pour la jeunesse. Citons par exemple Je ne suis pas une outarde, paru chez Bayard. Il fait équipe ici avec Michel Lemieux, qui a écrit quant à lui récemment dans une anthologie consacrée à Lovecraft. Les deux ont fait équipe pour Territoire de trappe, paru initialement au Québec chez Tryptique en 2022, avant d’être republié en France aux éditions Rivages cette année.
Vengeance froide
« Une perdrix blanche décapitée, garrochée par Reth, vient démolir le feu que Wilbrod est en train d’essayer de partir. Les plumes du cou de la poule sauvage sont croutées de sang. Wilbrod soupire et rentre un peu plus son cou à lui dans le collet de son manteau. Il peut ainsi sacrer au chaud. Les épinettes autour répondent en craquant de froid. »

Fin de l’année 1913 ; Reth, Wilbrod et Léon redescendent vers un hameau dont le nom leur échappe après avoir trappé dans les forêts boréales. Léon veut revoir sa femme et sa fille mais la première est morte et le corps de la deuxième est retrouvée dans un cours d’eau peu profond, la Platte. Pour Léon, sa famille a été assassinée. Lui et ses acolytes entreprennent alors de faire justice. Le massacre peut commencer.
L’ombre de Tarantino
Territoire de trappe est sombre, violent, visqueux, physique, perturbant et sanguinolent. En le lisant, on pense aux Huit salopards de Tarantino, western frigorifié sorti au milieu de la décennie 2010. Compliqué pour l’auteur de ces lignes qui préfère largement le Tarantino des années 1990, celui de Jackie Brown et de sa bande son soul. Ici, pas d’espoir mais beaucoup de sang et un final un peu grand guignol. Notons cependant que les femmes, malmenées, s’en sortent mieux que leurs congénères masculins. L’esprit du temps sans doute. A essayer en tout cas.
Sylvain Bonnet
Sébastien Gagnon & Michel Lemieux, Territoire de trappe, Rivages, avril 2026, 224 pages, 21 euros
