Passe-temps pour les âmes ignobles, le piège

Un touche-à-tout       

Louis Sanders est un auteur oublié : il était plus connu de son vivant sous le nom d’Elie Robert-Nicoud. Traducteur et journaliste, en particulier pour Sud-Ouest, il était un passionné de boxe, sport qui lui a inspiré un roman, Scènes de boxe, paru en 2017. Il avait aussi publié sous le pseudonyme de Louis Sanders, Passe-temps pour les âmes ignobles, qui avait remporté le grand prix du roman noir français au festival de Cognac en 2003. Malheureusement disparu en 2023, Louis Sanders ne verra pas cette réédition qui est une occasion de lui rendre hommage.

Quatre anglais bien tranquilles

« Assis dans son fauteuil en cuir, un verre à la main, il regardait d’un œil morne les flammes dans la cheminée. Sur les trois bûches qui se consumaient était posé un livre et le feu, en léchant les pages, redoublait d’ardeur. Il leva son verre jusqu’à ses lèvres, d’un geste machinal, et avala une gorgée de whisky, en prêtant à peine attention aux goûts et aux sensations qui se succédaient sur son palais. Au fond de la cheminée, fixée au mur par des crochets, la plaque de fonte renvoyait un éclat terne et, dans l’ombre, on avait l’impression que l’archange Gabriel, cuirassé, en relief, qui en formait le motif, s’agitait en brandissant son épée et un crucifix pour frapper tout ce qui lui déplaît. »

Bienvenue en Dordogne, contrée magnifique peuplée d’anglais ayant choisi de quitter leur contrée insulaire… pour de bonnes raisons. Ainsi de Richard Carter, de Lord Bollington, d’Olson et de McGuire. Tous ont gagné leur vie, souvent de façon peu recommandable. La France est un pays toujours étrange pour un Anglais mais une cache sûre… jusqu’à ce qu’un livre paraisse retraçant tous leurs méfaits. Nos anglais le lisent, s’inquiètent. Qui l’a écrit ? Il s’agit de le retrouver et de le faire taire, quoiqu’il en coûte. Sans le savoir, ils mettent le doigt dans un processus d’autodestruction…

Un roman noir truculent

Passe-temps pour les âmes ignobles est une réussite, tant par sa peinture des expatriés anglais (quand on est un bon français, on aime et on déteste à la fois les Anglais, ça fait mille ans que ça dure, c’est réciproque et on ne peut s’en passer) que par son intrigue savamment construite. On est devant des personnages qui construisent largement le piège qui va les tuer (pas tous), en tout cas mener au climax final. Un roman noir réussi.

Sylvain Bonnet

Louis Sanders, Passe-temps pour les âmes ignobles, avant-propos de François Guérif, Rivages, mai 2026, 208 pages, 8,20 euros

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