Mogador, polar au Sénégal
De la science-fiction au roman policier
Que de chemin parcouru pour Richard Canal, auteur connu pour des romans de science-fiction comme La guerre en ce jardin (Fleuve noir, 1991), Swap-Swap (J’ai lu, 1990) ou plus récemment Upside Down (Mnémos, 2020) et Cristalhambra (Mnémos, 2023). Il a également écrit des polars, comme La valse des Mckinleys et ce Mogador, nouvelle version de La route de Mandalay (L’Atalante, 1998), réédité par les éditions du Caïman.
Un casse… mauvaise idée
« Allongée dans un transat, une jeune femme s’épilait les sourcils devant un miroir de poche. Même les mauvais jours, quand ses trente-deux ans la tiraient par le fond, Sarah Vergnes adorait la couleur de ses yeux, un vert absinthe qu’elle n’avait vu sur personne. L’arête du nez semblait dessinée au bistouri dans une clinique de Santa Monica, les lèvres gonflées au collagène. Sa seule réserve concernait ses cheveux. Elle les aurait aimés roux et bouclés, à l’irlandaise. Hélas, blonds comme une Westmalle Tripel, ils tombaient aussi droit que les nattes en laine des saï-saï. »

Patrick et Sarah tiennent un hôtel au Sénégal mais voilà les affaires sont mauvaises et ils vont devoir mettre la clef sous la porte. Sauf… s’ils montent un casse, dévalisent une banque. Ce français, Pierrot, visiblement venu pour se planquer, est le complice idéal. Et les voilà embarqués là-dedans… Et le casse fonctionne, le butin en francs CFA est abondant. Mais les Patrick et Pierrot boivent, trop. Et les flics, menés par l’inspecteur Samba Ndieye, font bien leur boulot et remontent leur piste. Rien de bon pour des blancs paumés en Afrique. Sarah s’éloignera en nageant, grand large, vers Mandalay…
Un roman efficace
Mogador intéresse par l’Afrique, un lieu peu prisé des auteurs de polars en Europe (pourquoi ?) et son histoire avec ces pieds nickelés d’européens, mal partis, qui vont mal finir… et pourtant ils ne sont pas antipathiques, le jeu de la vie aurait pu mieux les servir. Le récit implique aussi le personnage de l’inspecteur Ndieye et à travers lui ces africains souvent invisibles. Au final, l’intrigue convainc : une réussite donc.
Sylvain Bonnet
Richard Canal, Mogador, Editions du Caïman, octobre 2025, 352 pages, 18 euros
