Esclaves à Paris, vies cachées et histoires fugitives
Professeure au département d’histoire et de politique de l’université américaine de Paris, Miranda Spieler est une spécialiste de l’histoire juridique et impériale de la France moderne. On lui doit un ouvrage comme Liberté, liberté trahie… Faire er défaire des citoyens français, Guyane 1780-1880 (Alma éditeur, 2018). Ici, elle retrace avec Esclaves à Paris la vie de cinq personnes, esclaves dans le Paris d’avant la Révolution.
Un principe bafoué ?

Tout juriste connaît ce principe de base du droit de l’ancien Régime, appliqué dès le bas-Moyen-âge : nul n’est esclave en France. Or, le Paris des Lumières voit ce beau principe bafoué au XVIIIe siècle par la haute noblesse et les planteurs qui amènent leurs esclaves des colonies, d’origine africaine ou indienne. Les cinq parcours racontés par Miranda Spieler le démontrent. C’est d’autant plus marquant que ces cinq personnes ont tenté de fuir leur condition et de réclamer peu ou prou leur liberté, parfois devant les tribunaux, avec des fortunes diverses…
Une société racialisée ?
Miranda Spieler pose en tout le débat de l’influence des concepts de race et de racialisation nés dans les colonies des Caraïbes pour justifier l’esclavage. L’analyse des pièces laissés par les procès montre selon elle que cette « culture » racialisée, née sous les tropiques, s’importe en métropole dans les beaux salons de l’élite parisienne. L’histoire d’Ourika qui a donné la trame d’un roman assez larmoyant (selon les goûts de l’époque) de la duchesse de Duras, est un condensé des stéréotypes raciaux en cours dans les colonies, une norme qui ne choque au fond personne : on en plaint Alexandre Dumas qui commence alors à publier ses romans et à faire jouer ses pièces. Un livre qui fait réfléchir et qui fera débattre.
Sylvain Bonnet
Miranda Spieler, Esclaves à Paris, traduit de l’anglais par Marc Saint-Upéry, La Découverte, août 2026, 336 pages, 23 euros
