La marine de la Révolution, un bilan à réévaluer
Spécialiste de la marine et docteur en histoire, Maître de conférences à l’université de Bretagne occidentale, Olivier Aranda est peu connu du public des amateurs d’histoires. A ce jour, il a coécrit un Atlas des guerres à l’époque moderne (autrement, 2023). La marine de la Révolution est son premier ouvrage d’importance.
Des idées reçues…

La marine française pendant la Révolution, héritage d’un Louis XVI attentif aux questions maritimes, disons qu’on en gardé un mauvais souvenir, marqué par des naufrages, l’émigration de ses cadres et le désastre d’Aboukir en 1798 qui enferma Bonaparte, pour un temps, en Egypte. Olivier Aranda part des sources disponibles pour livrer un portrait plus contrasté. D’abord, il montre une certaine continuité au niveau des officiers, relativisant l’émigration, tout en montrant l’apport des marins « civils ». L’état de la flotte léguée par l’Ancien Régime n’était pas si brillant. Largement inférieur en nombre face à la Royal Navy, la marine française pâtissait aussi de la géographie du pays, à la fois atlantique et méditerranéenne. Quant aux révolutionnaires, ils furent exigeants, inflexibles mais aussi désireux de donner des moyens aux marins et aussi d’expérimenter des armes nouvelles.
Un résultat plus favorable que prévu
Les Français ont en fait rapidement compris qu’une bataille décisive leur serait défavorable et optent pour la guerre indirecte, visant le commerce britannique. Si les relations avec les Antilles sont difficiles, elles ne s’interrompent pas pour autant. Surtout, la France va utiliser le commerce des neutres pour l’approvisionnement des îles à sucre où l’esclavage est aboli par la convention en 1794. Voilà d’ailleurs une belle arme idéologique à utiliser contre les colons anglais, à la Jamaïque notamment, mais qui est finalement peu utilisé par les marins français.
Le Directoire choisit d’organiser deux expéditions, une en Irlande, rendue impossible par la météo, et une en Egypte. A chaque fois, la marine anglaise révèle des lacunes et laisse passer les vaisseaux français (notons qu’en 1798, un millier de soldats français débarquent dans le comté de Mayo en Irlande et sème une belle panique) … Aboukir rebat certainement les cartes mais ne détruit pas la marine française. La course menée par les corsaires français a usé les commerçants britanniques et poussé à la paix d’Amiens. La marine de la Révolution n’a pas démérité et, pour le dire facilement, Aboukir n’annonce pas Trafalgar.
Un ouvrage stimulant.
Sylvain Bonnet
Olivier Aranda, La marine de la Révolution, Passés composés, avril 2026, 350 pages, 22 euros
