La guerre de Crimée, la Russie contrée

Maître de conférences à l’école pratique des hautes études, Yves Bruley est un spécialiste de la période du Second Empire et a publié Le Quai d’Orsay impérial (éditions Pedone, 2012) où il revenait sur la diplomatie de Napoléon III. Ici il propose de revenir sur un conflit oublié, la guerre de Crimée.

Des Lieux Saints à la Crimée

L’historiographie républicaine a vu dans ce conflit un caprice de Napoléon III, embarqué dans la guerre par une Angleterre antirusse. Il n’en est rien. Les prémices du conflit nécessitent de se transporter à Jérusalem et sa région, où catholiques et orthodoxes se querellent sur la question des Lieux Saints. D’un côté la France, qui bénéficie de privilèges dans la région depuis François Ier, et la Russie de Nicolas Ier. Or la Russie augmente sa pression dans les années 1840 et 1850 sur un empire ottoman déliquescent, le fameux « homme malade de l’Europe ». Nicolas Ier se veut le protecteur des chrétiens d’Orient, majoritairement orthodoxes, et veut mettre sous sa tutelle le sultan. C’est inacceptable pour l’Angleterre et la France qui veulent aussi résister face à un impérialisme russe qui a écrasé la révolution de 1848 en Europe centrale. Très légèrement, Nicolas Ier s’embarque dans un conflit contre les deux nations les plus avancés économiquement du continent.

Un conflit majeur, une victoire de la France

Ce Que-sais-je expose avec clarté le déroulement d’un conflit qui voit les alliés franco-anglais débarquer en Crimée et in fine vaincre les Russes et prendre Sébastopol. C’est une catastrophe sanitaire marqué par des épidémies de choléra et de typhus (cause de la majeure partie des pertes françaises). Les franco-anglais affirment leur maîtrise des mers et leur supériorité technologique. L’autocratie russe, défaite, accepte la neutralisation de la Mer Noire, remise en cause quinze ans plus tard après la défaire de Sedan. Mais la paix est négociée et signée à Paris, une grande victoire pour la France de Napoléon III désormais au centre du jeu européen. Le congrès de Paris prépare aussi la naissance de la Roumanie et pose la question de l’unité italienne. Un conflit majeur donc et une défaite russe qui fait réfléchir…

Sylvain Bonnet

Yves Bruley, La guerre de Crimée, Que sais-je ?, octobre 2025, 128 pages, 10 euros

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