Les Spartiates, un peuple de soldats
Auteur de Demokratia (Passés composés, 2023), essai remarquable sur la naissance du régime démocratique, Paul Cartledge est professeur émérite de l’université de Cambridge, spécialiste de la civilisation grecque. Les Spartiates constitue un essai sur ces grecs si particuliers qui furent les grands rivaux des athéniens.
Une société originale

De fait, Sparte fascine toujours. Il suffit de voir l’impact encore aujourd’hui de Léonidas et de la défaite glorieuse des Thermopyles, qui fit perdre beaucoup de temps aux Perses de Xerxès, portée au cinéma, à partir d’un album de Frank Miller, dans le médiocre 300 de Zack Snyder. Société oligarchique tournée vers la guerre, Sparte est gouvernée par deux rois issus de deux familles différentes. Comparée à la majeure partie des cités grecques, les femmes spartiates bénéficient de droits et sont les égales des hommes sur bien des points. C’est bien sûr son organisation militaire qui fascine avec ces citoyens soldats fiers d’eux-mêmes, surentraînés depuis l’enfance au combat hoplitique, vivant en communauté (au fond, Sparte est une grande caserne). Ce système repose bien sûr sur les hilotes, des esclaves qui cultivent la terre…
La gloire et la chute
Quand commencent les guerres médiques, Sparte jouit assurément d’une sorte de primauté sur les autres cités grecques. Lors de la première guerre, Sparte reste à l’écart et ce sont les athéniens qui gagnent la bataille de Marathon. Les succès d’Athènes permettent d’ailleurs la création de la ligue de Délos dont Sparte se tient à l’écart. La rivalité grandissante entre les deux cités au Ve siècle finit par éclipser le conflit contre l’empire perse. Ce qu’on appelle la guerre du Péloponnèse n’est que l’acmé d’un conflit très long qui prend fin avec… l’ascension de Thèbes. Si Sparte l’emporte contre Athènes et fonde un empire, elle le doit au génie de stratèges comme Lysandre, aux erreurs athéniennes… et à l’argent perse qui permet la construction d’une flotte spartiate. Si l’hégémonie spartiate ne dure que trente ans, c’est en partie à cause de l’oliganthropie : il y a moins en moins de citoyens spartiates, la ville enrôlant de force des hilotes ou louant des mercenaires pour maintenir son empire. Notons que Sparte ne disparaît pas après sa défaite et son histoire continue durant l’âge hellénistique.
Un essai passionnant.
Sylvain Bonnet
Paul Cartledge, Les Spartiates, traduit de l’anglais par Simon Duran, Passés composés, janvier 2026, 350 pages, 24 euros
