100 ans de guerre contre la Palestine, une tragédie
Voici un ouvrage plutôt singulier dans le corpus de l’historiographie consacrée au conflit israélo-palestinien, dû à la plume de Rashid Khalidi, professeur d’histoire à l’université Columbia, membre d’une vieille famille palestinienne. Il se trouve que Rashid Khalidi a aussi été membre de la délégation palestinienne lors des négociations de paix à Madrid et Washington entre 1991 et 1993. Son ouvrage est donc un témoignage précieux pour le futur, même si, comme on va le voir, il faut aussi ne pas prendre tout ce qu’il dit pour argent comptant.
Un point de vue palestinien

L’intérêt du livre est tout de même de proposer le regard d’un intellectuel palestinien sur un conflit où prédominent en Europe les livres écrits par des Israéliens, y compris ceux liés au camp de la paix. Rashid Khalidi puise dans les archives familiales pour raconter les débuts du projet sioniste qu’il assimile à une entreprise coloniale, bénéficiant de la protection britannique. Il raconte ainsi le mandat exercé par Londres comme extrêmement favorable au Yichouv, ce qui est par moments discutable si on songe aux débats de la fin des années trente. Il se montre par contre très incisif contre les élites palestiniennes qui n’ont pas su voir la gravité du problème, ni trouver la bonne réponse : aucune complaisance avec lui par rapport au grand Mufti de Jérusalem qui échoue à trouver des solutions. Rashid Khalidi n’hésite pas à non plus à critiquer longuement l’attitude de Yasser Arafat, qui ne cherche pas à comprendre comment fonctionne les Etats-Unis (ces derniers ont pris le relais de l’Angleterre à partir des années cinquante). Lourde erreur car, en face, il est clair qu’Israel sait préparer le terrain…
Les limites d’un regard
La Palestine existe, n’en déplaise à Netanyahou. Malgré les efforts des Etats arabes avant 1967 pour l’englober dans la cause arabe (rappelons que Gaza était administré par l’Egypte et la Cisjordanie par la Jordanie). Malgré les efforts de la diplomatie israélienne jusqu’à l’intifada de 1987. La cause palestinienne est cependant divisée : à côté de l’OLP, il y a le FPLP ou Abu Nidal, aujourd’hui le Hamas, ce qui n’aide pas. Cependant, l’analyse proposée par Rashid Khalidi suscite le débat : il estime que la position américaine, celle du médiateur dans les négociations de 1991-2000, était systématiquement aligné sur celles des Israéliens, ce qui est discutable. Les négociations d’Oslo ont abouti à une situation intenable où l’Autorité palestinienne n’a aucune souveraineté et administre 87 pour cent des Palestiniens dans des territoires aujourd’hui de plus en plus menacés par la colonisation juive, sans compter les exactions commises par les colons extrémistes, dénoncés récemment par Alain Finkielkraut. Reste qu’Arafat n’a pas su jouer ses cartes lors des négociations en 2000, sans compter son choix de jouer la carte d’une nouvelle intifada qui s’est révélée néfaste à la cause palestinienne. Aujourd’hui, que faire ? Il est en tout cas clair que Donald Trump ne peut jouer le rôle de médiateur.
A lire.
Sylvain Bonnet
Rashid Khalidi, 100 ans de guerre contre la Palestine, Actes sud, traduit de l’anglais par Khedija Maherzi, janvier 2026, 432 pages, 24,80 euros
