Sweet Harmony, prête à tout pour être belle

On a connu Claire North avec Le Serpent, première novella d’une cycle de trois histoires intitulée La maison des jeux : un choc tant l’auteure faisait preuve d’une maîtrise narrative et d’un sens de la construction dramatique étonnant. Elle revient cette année avec Sweet Harmony, toujours publié au Bélial dans la collection Une heure lumière dont on ne dira jamais assez à quel point elle est nécessaire à l’équilibre mental de beaucoup…

Dérapage

Nous voici dans la vie d’Harmony Meads, belle agente immobilière à qui le meilleur semble promis. Or un matin quelque chose ne va pas :

« Le bouton sur son menton fut le premier signe que ses dettes échappaient à tout contrôle. »

Harmony est sous contrat avec Fullife santé, une entreprise qui propose à ses clients une santé éclatante grâce à des nanos injectés dans l’organisme. Un certain nombre d’extensions permettent aussi de devenir mince, svelte, séduisante en contrôlant masse corporelle, graisse… Tout en fait. Or Harmony est endettée. Elle a pris un trop grand nombre d’extensions. Fullife commence alors à suspendre certains traitements. Elle commence à avoir des boutons, des poils poussent en-dessous de ses bras. Et elle grossit. Harmony redevient moche (c’est comme ça qu’elle se perçoit). Et se souvient des raisons qui l’ont amené à devenir ce qu’elle n’est plus : une femme prête à tout pour avoir la plus belle apparence possible. Commence pour elle la plus terrible des descentes aux enfers.

Une anticipation et une satire sociale

Lire Sweet Harmony est profondément troublant tant Harmony ressemble à beaucoup de femmes qui sacrifient beaucoup pour rester belle tant la société méprise les gens ordinaires, la vieillesse, les petits défauts. Tout pour les Beautiful people ! C’est aussi la peinture d’une Angleterre néolibérale où seul l’argent compte, générateur d’une beauté factice. Quant aux hommes, ils ne sortent pas grandis de ce récit. Le seul compagnon d’Harmony, Jiannis, se révèle être un pur manipulateur… Une très grande réussite, preuve supplémentaire du talent de Claire North qui donne aussi une critique acerbe de notre société, fidèle ici à la tradition contestataire de la science-fiction.

Sylvain Bonnet

Claire North, Sweet Harmony, traduit de l’anglais par Michel Pagel, Le Bélial « Une heure lumière », illustration de couverture d’Aurélien Police, janvier 2024, 160 pages, 11,90 euros

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