Alexandre Ier de Yougoslavie, un itinéraire singulier
Diplomate, conseiller et spécialiste de l’Europe centrale et des Balkans, Rémy Quéney publie ici une biographie d’un personnage oublié mais dont l’assassinat en 1934 pesa lourd par la suite, Alexandre Ier de Yougoslavie.
Un prince serbe

Alexandre Ier mérite mieux que son assassinat. Il est le fils de Pierre Ier de Serbie, issu de la famille des Karageorgévitch, monté sur le trône de Belgrade grâce à un coup d’état qui a évincé leurs rivaux les Obrénovitch. Quand éclate la grande guerre, suite à l’assassinat de François-Ferdinand de Habsbourg à Sarajevo par un serbe membre du mouvement de la main noire, Alexandre est régent et prend la tête de l’armée. Il en impose par son courage et son autorité. Si l’armée serbe résiste victorieusement en 1914, elle ne peut faire face aux assauts des austro-hongrois, des Bulgares et des Allemands. Commence alors une retraite qui va mener les Serbes jusqu’à Salonique. Alexandre affirme une fois de plus son leadership et ce jusqu’à la victoire finale. Les traités de 1919 créent la Yougoslavie, pays des serbes, des Slovènes, des Croates et des bosniaques, s’appuyant sur un courant de pensée né au XIXe siècle. Formé pour gouverner les Serbes, Alexandre doit alors évoluer.
Un souverain autoritaire ?
Roi de Yougoslavie en août 1921, Alexandre Ier peut compter sur le soutien de la France face à une Italie qui revendique l’Istrie. Il doit surtout apprendre à gouverner en monarque constitutionnel des peuples issus de traditions politiques différentes ; les Croates catholiques, longtemps soutien des Habsbourg, habitués à une certaine autonomie, supportent mal le « jacobinisme » des Serbes qui ont eu à souffrir des Ottomans. Alexandre en vient à suspendre la constitution en 1929. Pour autant, il cherche à se rendre populaire et à créer une identité partagée, voire nationale. Francophile, il recherche cependant le soutien anglais voire allemand. Il accueille aussi nombre de russes blancs, en souvenir de la Russie impériale. Aurait-il continué à jouer la carte de la Petite Entente, comme le souhaitait Louis Barthou qui avait senti le péril nazi monter ? Leur double assassinat laisse la question sans réponse. Reste la figure d’un roi énigmatique.
Sylvain Bonnet
Rémy Queney, Alexandre Ier de Yougoslavie, Perrin, avril 2026, 464 pages, 24 euros
