Women in Chains, la révolte des femmes

Le retour d’un auteur culte

Thomas Day a sorti au tournant des années 1990 et 2000 des romans sans concessions. Citons L’école des assassins, coécrit avec Ugo Bellagamba, Le Trône d’ébène (Le Bélial, 2005) avec le roi zulu Chaka comme personnage principal, lauréat du prix Imaginales en 2008. Citons aussi une novella uchronique finement ciselée, L’automate de Nuremberg, récemment réédité dans la collection Une heure lumière au Bélial. Women in Chains (si on passe le titre au singulier, on retrouve une superbe chanson de Tears for fears) est la réédition d’un recueil paru en 2012 chez ActuSF, avec des inédits.

La violence des cris

Dans ce recueil, il s’agira de raconter les violences subies par les femmes mais aussi de voir comment elles se défendent, se battent, se font justice aussi parfois.

« Chez l’esthéticienne, tu as fait discipliner ta toison pubienne drue et frisée et débroussailler entièrement ton sillon inter-fessier. Autant une foufoune ordonnée ne te dérangera pas, une fois qu’elle sera à l’image, mais les poils de cul, hors de question. Pas de ça chez toi. »

On commence avec En amuse-gueule : une amatrice où, pour se venger de son ex, une femme tourne un porno, sans y être préparée. Et cela se passe mal. Une bluette si on compare avec La Ville féminicide : bienvenue à Juarez, la ville des féminicides non-résolus où un Russe ultraviolent martyrise une jeune prostituée, attirant sur lui l’attention d’une entité datant des temps aztèques, qui en fait un des siens. Frissons garantis. On enchaîne avec Nous sommes les violeurs qui nous transporte en Afghanistan, où les femmes habitant des villages où on cultive le pavot sont violées, tout ça à cause d’une loi faite… par une femme. Le récit est un peu décousu, sous forme de comptes-rendus d’auditions.

Continuons avec Eros-center : La jeune camerounaise Félicité travaille à Francfort comme prostituée pour monsieur André, un type qui se dit sorcier et la tient en son pouvoir. Le jeune Orhan va se prendre d’affection pour elle et la libérer, elle et ses amies Malika et Anita, en tuant le sorcier. Voilà une histoire bien écrite, à l’instar de Toute la vérité sur la sorcière de l’est : c’est l’histoire de Cassandra, une fille victime d’une malédiction celte et qui a une fringale de sexe. Elle est aussi capable de voir l’avenir de ses partenaires et le sien : ça se termine mal.

Débarrassée de ses chaînes, enfin

Terminons avec El Fantasma : on découvre ici Thomas Diallo, un journaliste qui a écrit un livre sur El Fantasma ou le fantôme, une femme originaire du Salvador qui liquide les hommes de Boko Haram en Afrique. Mais Diallo réécrit un peu l’histoire pour en faire une légende. Et puis… il est amoureux. Voici le diamant du recueil, un ajout par rapport à l’édition de 2012, une nouvelle qui ne vous quitte pas. Le livre se termine avec Coda : Le sac d’entraînement oùun yakuza est humilié par la sœur de sa fiancée.

Woman in chains est une ode aux femmes, un recueil étrange, plein de qualités. Et puis… les femmes méritent bien ça.

Sylvain Bonnet

Thomas Day, Women in Chains, Le Bélial, illustrations intérieures et couverture d’Anouck Faure, février 2026, 320 pages, 20,90 euros

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