Je veux de la magie d’André E. Royer
Rajeunir… et après?
Dans son dernier opus, Je veux de la magie, André E. Royer nous questionne : Vous êtes-vous déjà demandé ce que vous feriez si vous paraissiez brusquement vingt ans de moins? Paniquer, tout reprendre à zéro, faire comme si de rien n’était, ou tenter de vous intégrer dans une génération qui n’est pas la vôtre?

Dans Un agent révélateur, paru en 2024, chez Unicité, suite à sa rencontre avec une personne au-delà des sexes, Jessie se révélait à lui-même et s’ouvrait au désir, à l’amour, la tendresse… La même année, chez L’Orpailleur, dans L’Enfant de trente ans, pour Karol, l’amour était libéré du genre, l’orgasme se prenait ici et là, avec Oriane notamment, dont le petit corps de femme abrite une âme d’enfant… était-il pédophile ? Heureusement Oriane se révélait perverse polymorphe…
Ainsi se développe de livre en livre ce que le psychocritique Charles Mauron, suite à l’identification du réseau obsédant chez un auteur, appelait son mythe personnel. Chez André E. Royer, il s’agirait d’une métamorphose où l’on jetterait sa vieille peau pour découvrir son être vrai dans la conversion à un autre amour.
Une répétition-variation
Chacun des romans joue donc d’une répétition-variation : à chaque fois la métamorphose diffère, c’est la surprise. Cette fois, telle Alice se miniaturisant au pays des merveilles, comme Benjamin Button, le personnage de la nouvelle de F. Scott Fitzgerald (et du film de Fincher) qui vit sa vie à l’envers, du vieil au jeune âge, Soan voit ses cheveux blancs redevenir noirs, ses joues deviennent glabres, et douces… Récemment divorcé, père d’une jeune adolescente, il décide de quitter son activité de psy qui ne l’a jamais captivé… On n’est plus sérieux quand on n’a plus cinquante-et-un an… Il retrouve ses souvenirs de jeunesse, et aussi des désirs qu’il avait mis au placard… Je laisse au lecteur la surprise de découvrir la suite…
Comme d’habitude chez cet auteur, l’écriture est alerte, on court de page en page comme on le ferait dans un polar. Le plaisir d’écrire est manifeste, il garantit notre plaisir de lecture ! Quelle métamorphose nous proposera-t-il dans son prochain roman ?
Mathias Lair
André E. Royer, Je veux de la magie, éditions L’Orpailleur, mars 2026, 208 pages, 20 euros
