Le Proche-Orient, miroir du monde

Politiste franco-libanais, professeur à l’Université américaine de Paris, Ziad Majed a écrit un grand nombre d’ouvrages sur le monde arabe et la Syrie dont Syrie, la révolution orpheline (Actes sud, 2014). Avec Le Proche-Orient, miroir du monde, publié dans la collection « petits cahiers libres » des éditions La Découverte, il revient sur l’histoire d’une des régions les plus perturbées du monde, comme le montre la guerre actuelle contre l’Iran menée par Israel et les Etats-Unis.

Une synthèse du point de vue arabe

Ziad Majed fait commencer son livre en 1914, avec la grande guerre, la Déclaration Balfour sur le foyer juif en Palestine mais aussi les accords Sykes-Picot en 1916 et les promesses britanniques au roi Faycal (on peut dire que Londres a beaucoup promis et beaucoup menti). Si la Syrie et le Liban sont administrés par la France jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale avec des vicissitudes (c’est peu de le dire), l’Irak et la Jordanie accèdent peu ou prou à l’indépendance. Mais c’est la Palestine qui subit un sort plutôt tragique, avec la Nakba et la proclamation d’Israël. Il est dommage que Ziad Majed oublie dans son exposé de signaler que les terres vendues aux colons juifs l’étaient par des riches palestiniens, résidant dans les grandes villes ou même à Damas. De fait, le livre est souvent une litanie des guerres menées par Israël, soit contre les pays arabes (attaqués en 1967, ils relèvent le gant en 1973), soit contre l’OLP en 1982 avec l’opération “Paix en Galilée”, marquée par les massacres de Sabra et Chatila. Quelques pages sont consacrées à un processus de paix complexe, finalement sabordé par la seconde Intifada, la terrible réplique israélienne des années 2001-2003… et les inconséquences d’Arafat, dont on ne parle pas.

Montée en puissance d’Israël, chute de l’Iran

Pour Ziad Majed, la période actuelle est marquée par la fin de la prépondérance iranienne qui commence de fait avec la guerre d’Irak de 2003 et finit avec la razzia pogromiste du 7 octobre 2023 car la réponse israélienne contre le Hamas, le Hezbollah puis l’Iran y met fin. L’auteur passe un chapitre entier sur la guerre menée à Gaza par Tsahal, la qualifiant du terme polémique de « génocide ». Parler de crimes de guerre, de massacres aurait suffi amplement, le génocide demandant un travail des juristes et des historiens. Chercher en plus une préméditation de crime de génocide dans les délibérations du cabinet israélien, où siègent de dangereux extrémistes comme Smotrich ou Ben Gvir, relève de la supputation et d’un travail sur les archives que seuls des historiens et des juristes du futur pourront effectuer. Il reste que la région est en flammes, sans que l’on sache quand ce cycle de violences s’arrêtera.

Essai intéressant mais partial.

Sylvain Bonnet

Ziad Majed, Le Proche-Orient, miroir du monde, La Découverte « petits cahiers libres », octobre 2025, 360 pages, 18,50 euros

Laisser un commentaire