Ma vie avec Marcel Proust de Catherine Cusset
Catherine Cusset a lu son Proust dès l’âge de quinze ans. En entier. Peut-être grâce à sa mère. Il faut dire qu’elle est née dans une famille cultivée : sa mère était juge, son père haut fonctionnaire, son frère François est philosophe, son frère Yves comédien… Marcel faisait partie de la famille, elle l’a souvent fréquenté…
Du bavardage…

La première partie du livre est titrée Le grand roman de l’amour. Catherine Cusset entremêle ses autofictions amoureuses aux considérations de Proust sur le sujet dans une manière de bavardage, comme on pourrait le faire au coin du feu, entre proustiens avertis… Cette partie n’a d’autre intérêt que de nous rappeler comment le petit Marcel fut un cruel clinicien de la chose amoureuse.
La seconde partie, traitant du social, rappelle avec justesse que Proust est également un auteur comique – certes pas troupier, on est plutôt dans l’ironie cinglante… Si son entourage s’est moqué de son snobisme, il a bien su le lui rendre du haut de son élégant mépris… Catherine Cusset s’étonne de l’antisémitisme dont il fait preuve dans la description de Bloch, un de ses nombreux personnage. N’est-il pas, comme elle, issu d’une mère juive ? Et, toujours comme elle, d’un père français catholique… Notre Marcel souffrit d’une double postulation, mais il semblerait que les grandeurs de l’aristocratie catholique l’aient entièrement conquis… celles mêmes qu’il s’employa à caricaturer… par dépit de ne pas en être ? C’est que, en tant que juif et homosexuel, il se sentait doublement paria.
… à la passion d’écrire
Le livre s’envole dans sa troisième partie, on est récompensé d’avoir su traverser les deux premières. Le ton change, on se trouve plongé dans la passion de l’écriture : celle de Cusset comme celle de Proust. L’auteure nous rappelle en détail les tribulations éditoriales, rappelant au passage que tous les auteurs en traversent de semblables. Sur recommandation du Figaro où il publie des articles, Fasquelle va sans doute publier le premier tome de sa Recherche… mais Galimard semble intéressé : Proust hésite… les deux finissent par le refuser ! Il financera donc Grasset pour son édition et aussi sa publicité… Peu de temps après la publication, Gide s’excuse de l’avoir refusé… sans l’avoir vraiment lu, ce qui est le cas pour combien de manuscrits envoyés ?
Catherine Cusset nous propose alors une belle analyse de l’écriture proustienne, comme seul peut le faire un écrivain, loin des réflexions universitaires. Le style avance-telle, est une affaire de vision, il n’y a aucune règle à respecter. S’il y a un réalisme pour Proust, il consiste à se soumettre au réel de ses impressions : « il faut une écoute totale, une quête, une attention absolue, un refus de mentir, de faire joli » … Elle en a tiré « dix commandements » personnels pour écrire qu’elle nous donne en fin de livre.
Mathias Lair
Catherine Cusset, Ma vie avec Marcel Proust, Gallimard folio, septembre 2026, 256 pages, 8,60 euros
