La promesse d’une fête de Jennifer Clement

La quatrième de couverture nous promet de retrouver « la fureur, l’extase et le frisson » des années 60, aux US ; d’y être « jeune, libre et vivant » … qui refuserait un si beau programme ? La couverture proclame « Frida Kahlo, Basquiat et moi » : chouette, on va côtoyer des vedettes !

En effet, le prélude du livre est plutôt trash : Avec sa copine Suzanne, l’amante malheureuse du peintre Basquiat qui décédera d’une overdose, elle lit cet autre prince de « l’aristocratie de l’héroïne » (dit-elle), Williams Burroughs, qui voulut jouer à Guillaume Tell : il vise une chope qu’il a posée sur la tête de sa femme Joan. Résultat : une balle en plein front. Burroughs ne passa que quatorze jours en prison… mais en compagnie, presque, d’une célébrité, Jennifer Clement tient à le noter : là même où fut emprisonné Ramon Mercader, l’assassin de Trotsky. Elle tient à collectionner les célébrités…

En fait, le livre est une suite de courts chapitres où l’autrice raconte sa vie sur un mode simplement descriptif. Ses parents, plutôt upper class, s’installent à Mexico, dans le beau quartier colonial, dans une maison voisine de celle de Frida Kahlo, celle même que l’éditeur a brandi en couverture… hélas Frida est morte avant la naissance de Jennifer, celle-ci ne pourra faire que visiter son atelier déserté… On y apprend qu’elle fut asthmatique, qu’elle prit des cours de danse, qu’elle a eu des amies… à dix-huit ans elle part pour New York. Pour commencer, elle ne s’installe pas n’importe où : au Chelsea Hôtel « connu pour ses hôtes célèbres comme Jackson Pollock, William Burroughs, Dylan Thomas et Bon Dylan ». Après quelques années de joyeuse bohême, elle revint à Mexico : « je suis revenue pour manger une part de mon gâteau de mariage, avoir deux enfants et une brève aventure conjugale » … Il fallait bien que jeunesse se passe…

Qui peut s’intéresser à un tel livre ? Les midinettes de l’art, peut-être ? Ou les admirateurs de Jennifer Clement qui tiennent à tout savoir de leur idole ?

À force de chercher à côtoyer les « grands », Jennifer Clement s’est forgée une belle image, et elle a connu de belles réussites. Bon sang ne saurait mentir ! Elle a présidé le PEN International de 2015 à 2021. En France, elle fut finaliste du prix Fémina 2014 et du grand prix des lectrices Elle 2015 pour son roman Prières pour celles qui furent volées. Ses livres sont traduits dans plus de 40 langues, dit-on.

Il est dommage que La promesse d’une fête ne soit pas tenue…

Mathias Lair

Jennifer Clement, La promesse d’une fête, Frida Kahlo, Basquiat et moi, traduit de l’anglais par Patricia Reznikov, Flammarion, septembre 2026, 336 pages, 22 euros

La promesse d'une fête

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