Les Expiateurs, de la nature du monde
Un auteur qu’on suit
Tade Thompson, psychiatre de profession, s’est fait connaître avec la trilogie des Mollys, trois novellas de très bon niveau, publiées au Bélial, où l’héroïne engendre des clones dès qu’elle perd un peu de fluide sanguin. Notons d’ailleurs que Les meurtres de Molly Southbourne a obtenu le grand prix de l’Imaginaire 2020. Les Expiateurs, on va le voir, c’est tout à fait autre chose.
La quête de la vérité
« Sur la voie rapide qui descend d’un autopont de Thamesmead, la circulation est modérée dans les deux sens. A bord du bus 229, une femme regarde par les grandes vitres et songe que les autres véhicules ressemblent à des jouets. Pour ce qu’elle en sait, le bus 229 lui-même est un jouet à remonter aux yeux du reste du trafic. Le ciel au-dessus de sa tête est une canopée d’un gris uniforme, sans nuages, aucun risque de le considérer comme annonciateur de beau temps. »

Quelque part à Londres, une femme et sa fille sont sauvagement assassinées à coup de barre de fer. L’enquêtrice Eve Stevens se retrouve mise sur l’affaire. A l’autopsie, on découvre une substance inconnue qui intrigue le légiste, Bob (qui drague Eve) car elle a été retrouvée sur d’autres corps. La trace d’un tueur en série ? Eve compulse les dossiers, compare, trouve beaucoup de points communs entre les victimes (des femmes seules avec une fille). Un suspect, Storm Giuseppe, s’impose. Mais quand Eve pénètre chez lui, elle découvre un appartement étrange, où elle se perd… La réalité se distend. Le suspect est introuvable, Eve continue son enquête qui va la mener à questionner la nature même du monde qui l’entoure.
Ça décoiffe grave !
Les Expiateurs commence comme un polar : un meurtre, une enquête, des indices, recherche du coupable. Et puis on bascule petit à petit dans une ambiance fantastique, d’abord avec des détails qui sont des indices de l’habileté de Thompson à jouer avec nos nerfs. Et enfin, il y a les chapitres finaux où on comprend où il voulait nous emmener. Certaines scènes font penser à un film un peu oublié aujourd’hui, Dark City d’Alex Proyas, qui mériterait d’être redécouvert au passage. Une totale réussite en tout cas que cette histoire de Tade Thompson.
Sylvain Bonnet
Tade Thompson, Les Expiateurs, traduit de l’anglais par Jean-Daniel Brèque, Le Bélial « une heure lumière », illustration de couverture d’Aurélien Police, août 2026, 160 pages, 12,90 euros
