La séparation de Claude Simon

Simon au théâtre

Cette pièce de théâtre, la seule que Claude Simon ait écrite, a été inspirée par L’herbe, son roman paru en 1958. Les éditions de Minuit ont refusé de la faire paraître, il est vrai qu’à cette époque notre auteur était encore loin d’avoir reçu le prix Nobel ! L’édition de La Pléiade ne la mentionne pas. Il a fallu que les éditions du Chemin de fer la dénichent, sans doute à la BNF, et la publient en 2019 pour qu’elle sorte de l’oubli, et qu’Alain Françon la mette en scène, en 2025.

On n’en connaissait que la représentation donnée en 1963 au Théâtre de Lutèce à Paris, sans grand succès.

La pièce d’Alain Françon, elle, a rencontré un franc succès… Gallimard réédite la pièce dans sa collection Folio en 2026… Ainsi vivent (et meurent) les œuvres…

Claude Simon a prévu le dispositif suivant : la scène est séparée en deux par une cloison : de chaque côté, une salle de bain, les deux sont face à face ; sur chaque mur côté, une porte qui donne sur la chambre, on ne la voit pas… côté cour, Sabine et Pierre, 57 et 72 ans. Côté jardin, leur fils Georges, 30 ans et son épouse Louise, 25 ans. Dans une autre chambre voisine qu’on ne verra pas, agonise une sœur de Pierre plus âgée que lui, elle l’a élevé.

Tant de séparations

Louise a annoncé sa séparation à son époux. Sabine se trouve vieille, son mari ne peut que la tromper comme il a dû faire toute sa vie : elle nous présente un beau cas de pathologie amoureuse. Tout indique la séparation des couples comme celle des générations, sans compter la mortelle séparation.

Dans l’agonisante on retrouve l’évocation par l’auteur de sa propre tante paternelle, surnommée “Tante Mie”, présente dans son roman L’herbe, celle qui a pris en charge son éducation à son adolescence. Claude Simon a toujours pris sa vie comme matériau de départ. La guerre ne fut pas que la sienne, celle de son roman La route des Flandres, mais aussi celle de son père tué en 1914 près de Verdun alors qu’il avait un an. Quant à sa mère, elle est décédée d’un cancer quand il avait quinze ans. C’est dire qu’il était familier des séparations… 

La pièce entière est une longue suite de dialogues, il ne se passe rien… mais il se passe tout ! Comme dans les sous-conversations de Nathalie Sarraute. On est entrainé dans un long flux verbal qui fait penser à ceux de Robert Pinget. Claude Simon joue ici en virtuose avec la musicalité du texte. C’est dire qu’on est bien dans l’univers du nouveau roman.

Mathias Lair

Claude Simon, La séparation, Gallimard Folio Théâtre, mai 2026, 224 pages, 9,50 euros

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