Le cas Bugeaud, du héros au réprouvé
l’heure coloniale, Draria (1830-1962) (Belin, 2019) et de La conquête, comment les Français ont pris possession de l’Algérie (Tallandier, 2022), Colette Zytnicki a choisi ici de s’intéresser à la figure de plus en plus honnie du maréchal Bugeaud, l’homme de la conquête, déjà étudié par Jean-Pierre Bois entre autres. Qu’apporte cette biographie ?
Une longue carrière

Thomas Bugeaud naît en 1784 à la fin de l’Ancien Régime et meurt du choléra en 1849 en pleine IIe République : autant dire que sa vie se confond avec les bouleversements de son époque. Bugeaud est un militaire avant tout, formé dans l’armée de Napoléon (il participe à la bataille d’Austerlitz). Il apprend surtout à combattre une guérilla en Espagne alors que Joseph Bonaparte (et non Jérôme, erreur à la page 13) règne à Madrid. Rallié à la monarchie en 1814, il rallie ensuite Napoléon pendant les cent jours et est donc chassé de l’armée lors de la seconde Restauration. C’est l’avènement de la monarchie de Juillet qui le ramène sous les drapeaux tandis qu’il est élu député. Bugeaud est envoyé en Algérie et préconise d’abord une occupation minimale tant il est conscient de l’hostilité de la population locale. Il tente même de négocier la paix avec Abd el-Kader au traité de la Tafna en 1837. La France de l’époque, au fond, ne sait pas quoi faire de cette conquête…
Un conquérant impitoyable
Louis-Philippe, Soult et Guizot décident de relancer la conquête de l’Algérie. Bugeaud y est renvoyé et mène une guerre qu’on peut qualifier de totale contre les troupes d’Abd el-Kader et les populations locales. On brûle les récoltes, les villages, on pratique les « enfumades », c’est-à-dire qu’on enferme des tribus dans des grottes et on les « enfume » … Son but n’est pas d’exterminer mais de terroriser les populations en les coupant d’Abd el-Kader. Bugeaud y réussit. Il a moins de succès dans ses projets de colonisation agricole et de soldats laboureurs.
Longtemps, Bugeaud fut un héros de l’empire colonial. Aujourd’hui, il est devenu une figure repoussoir et on déboulonne ses statues. Cette biographie essaie en tout cas de mieux comprendre son itinéraire et ses choix.
Sylvain Bonnet
Colette Zytnicki, Le cas Bugeaud, Tallandier, janvier 2026, 336 pages, 22,90 euros
