Les femmes sous l’Occupation, une histoire à redécouvrir
Enseignant en classes préparatoires aux grandes écoles, Éric Alary est un spécialiste de l’histoire de l’Occupation allemande en France, notamment. On lui doit L’Histoire des paysans français (Perrin, 2016) et Nouvelle histoire de l’Occupation (Perrin, 2019) ainsi qu’une biographie de Joseph Darnand (Perrin, 2023). Il livre ici un ouvrage sur un sujet majeur et méconnu, Les femmes sous l’Occupation.
Des femmes soumises aux aléas de la guerre…

Quand la guerre commence, on attend des femmes qu’elles fassent leur devoir, ce qui inclut de tenir leur foyer, s’occuper des enfants, veiller à la tenue de leur maison et de travailler, si besoin est, à la place des hommes partis au front comme durant la grande guerre (et à leur laisser reprendre leur place ensuite). Mineures juridiques, les femmes, malgré quelques soutiens durant les années trente au mouvement des suffragettes, ne votent toujours pas. La défaite et l’exode les met en première ligne : ce sont elles qui s’occupent d’évacuer leurs familles. Les femmes issues de la bourgeoisie sont quelques-unes à avoir le permis et en usent… Les femmes sont malheureusement victimes de la guerre, au bon vouloir des soldats allemands persuadés que la femme française est « facile ». Pendant ce temps, Vichy cherche à remonter le temps et à cantonner la femme à la sphère domestique, à la famille et à sa tâche la plus simple : faire des enfants ! autant dire que leur condition recule. Et pourtant…
Et souvent insoumises !
Vichy, malgré son discours, n’a pas le choix et sait que l’économie a besoin du travail féminin. Si certaines se laissent séduire, de bonne foi, par des soldats allemands (elles le paieront à la Libération), si d’autres choisissent la voie de la Collaboration, il y a aussi les résistantes, très nombreuses et souvent mal considérées par les hommes (y compris au PCF, pourtant le mouvement le plus ouvert aux femmes) : on peut citer Danielle Casanova, Marie-Madeleine Fourcade et Geneviève Anthonioz-de Gaulle et toutes les autres. Les inconnues qui ont bravé leur vie, malgré les enfants à charge, et qui ont parfois été déportées. Les femmes françaises ont en tout cas clairement rejeté le discours patriarcal et sexiste tenu à leur égard par Philippe Pétain, ce grand amateur de prostituées.
À la Libération, les femmes doivent toujours affronter bien des difficultés, dont celle du ravitaillement, mais ont désormais le droit de vote. Certaines (trop peu) deviennent députées ou sénatrices. Sans la période de l’Occupation, il n’y aurait peut-être pas eu les grands progrès des années soixante et soixante-dix…
Ce livre aide à comprendre en tout cas la condition des femmes durant les années troubles.
Sylvain Bonnet
Éric Alary, Les femmes sous l’occupation, Perrin, mars 2026, 448 pages, 24 euros
