Les sacrifiés du paradis, enquête au cœur du colonialisme vert

Professeur à Science Po Bordeaux, Guillaume Blanc est un historien de l’environnement et de l’Afrique. On lui doit un ouvrage singulier, L’invention du colonialisme vert (Flammarion, 2020) où il démontrait comment l’Occident avait utilisé la préservation de la nature pour maintenir une influence forte dans les anciennes colonies. Il collabore ici avec le dessinateur Chico, notamment auteur des Portugais (Les Arènes, 2022) pour raconter une histoire souvent méconnue, celle du projet spécial africain.

L’Afrique toujours dominée

Un garde de parc éthiopien nommé Hayu Ayele est découvert assassiné. Une enquête internationale débute et révèle bien des coins d’ombre. Très vite, il apparaît que l’ordre de le tuer provient d’un dénommé Nadew Woreta, ancien gardien-chef du parc. Ce dernier est révolté par les populations à qui on a interdit d’effectuer la transhumance de leurs troupeaux dans les parcs afin de sauvegarder la nature, tandis que des touristes européens viennent effectuer des safaris. Les gouvernements trouvent leur compte en empochant les aides internationales et en accroissant leur contrôle sur les populations : la nature a bon dos…

Un album édifiant

Lire cet album est une souffrance lorsqu’on est attaché à la protection de l’environnement, ici ou ailleurs. Guillaume Blanc avait cependant déjà montre dans L’invention du colonialisme vert ce qu’il raconte ici : la défense de l’environnement fut prétexte pour retrouver une Afrique fantasmée, sauvage, si possible débarrassé de ses habitants « arriérés ». Ce discours a longtemps irrigué une partie des médias, au moins jusque dans les années 1980. Le dessin de Chico est le point faible de l’album cependant, surtout si on est attaché à certaines esthétiques de la bande dessinée. Il n’affaiblit pas en tout cas la portée de l’histoire.

Sylvain Bonnet

Guillaume Blanc & Chico, Les sacrifiés du paradis, La Découverte/Delcourt, mars 2026, 144 pages, 24,50 euros

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