Les conflits d’une mère, l’intimité d’une impératrice

La philosophe et l’impératrice

La philosophe Élisabeth Badinter est déjà l’auteur d’une biographie de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780) parue en 2016, où elle revenait sur la façon dont cette dernière avait marié sa féminité à l’exercice du pouvoir. Avec Les Conflits d’une mère, elle approfondit ici sur les relations qu’elle entretenait avec sa très nombreuse progéniture. Mariée au duc François de Lorraine, elle n’eut pas moins de seize enfants  ( !) et on ne peut dire déjà en ouverture que ce ne fut pas une partie de tout repos ! Notons pour commencer que, si on connait aussi bien les relations de Marie-Thérèse avec ses enfants, c’est grâce à sa correspondance, avec Marie-Antoinette bien sûr mais pas seulement.  

Une nurserie permanente

Tous bien sûr ne parvinrent pas à l’âge adulte, ce qui lui causa bien des souffrances. Marie-Thérèse n’avait de toute façon pas le temps de s’occuper d’eux et eut recours à des gouvernantes et des gouverneurs (des ayos) chargés de leur éducation. Pour autant, ces gens devaient directement lui rendre des comptes. Elle ne se désintéressait pas d’eux pour autant et les emmenait parfois durant des séjours, afin de « montrer » la famille impériale. Elle les surveillait, essayait de corriger leurs défauts : elle essaya ainsi de défaire le futur Joseph II de son arrogance. Sans grand succès.

Les préférés et les autres

Comme toute mère, elle eut des enfants avec qui elle s’entendait mieux ou tout simplement qu’elle aimait plus. Ainsi, le futur Joseph II, qui fut son co-empereur à partir de 1765. Il y eut aussi Marie-Caroline de Naples, qu’elle entoura au fur et à mesure de beaucoup d’affection. Et  ses affections évoluent, Marie-Thérèse s’éloignant ou se rapprochant de certains de ses enfants avec le temps. Et ils partent, mariés à des princes parfois peu séduisants (ce fut le cas de Marie-Caroline et de Marie-Antoinette bien sûr). Car ces princes et ces princesses, rappelons-le, sont des instruments de la raison d’état qu’incarne bien Marie-Thérèse. Mère et impératrice, elle dut sans cesse concilier les deux aspects de sa vie.

Les Conflits d’une mère est un livre passionnant.  

Sylvain Bonnet

Élisabeth Badinter, Les Conflits d’une mère, Flammarion, novembre 2020, 272 pages, 20,90 eur

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