Question juive, problème arabe: la grande tragédie
Voici la réédition d’un ouvrage de l’historien Henry Laurens paru en 2024 chez Fayard, qui constituait une version abrégée de La question de Palestine, quatre volumes parus entre 1999 et 2015. Laurens a étudié la région depuis des dizaines d’années. Arabisant, on l’a accusé d’être plutôt propalestinien dans ses articles et ouvrages sur le sujet. Question juive, problème arabe part en tout cas d’une question non-écrite : comment en sommes-nous arrivés là ?
Une somme érudite

En tout cas, l’ouvrage est très sérieux, très documenté. On y retrouve des analyses plutôt sensées de la période du Mandat britannique, marqué par le développement de la colonisation juive jusqu’au milieu des années trente. Laurens, on le regrette, insiste peu sur la démission de certaines élites arabes qui vendent des terres aux organisations sionistes en se moquant éperdument des conséquences. Les passages consacrés au sinistre grand Mufti sont éclairants. La première guerre israélo-arabe se fait d’ailleurs au détriment des Palestiniens dont les aspirations nationales sont, au mieux, ignorées. La Jordanie d’Abdallah préfère annexer la Cisjordanie, c’est plus simple. Et Israël installe vite sa légitimité. C’est en tout cas la victoire durant la guerre des six-jours qui est déterminante : Israël se retrouve à administrer le Sinaï (que Sadate récupérera à Camp David en 1979), Gaza, la Cisjordanie. Et compte y rester : la colonisation commence dès cette époque.
L’échec du processus de paix d’Oslo
Commençons par un jugement lapidaire : nous sommes tous les enfants de l’échec du processus de paix des années quatre-vingt-dix. Pourquoi ? Israël voulait-il vraiment un état palestinien ou juste que l’OLP se charge d’administrer des Territoires de plus en plus grignotés par la colonisation ? Les Américains se sont proclamés honnêtes courtiers, médiateurs mais ont systématiquement (sauf exceptions durant le premier gouvernement Netanyahou) repris les propositions israéliennes à partir de la présidence Clinton (auparavant, Bush et Baker étaient beaucoup plus équilibrés, notamment lors de la préparation de la conférence de Madrid). L’assassinat de Rabin marque un tournant mais ce sont les erreurs de Peres lors des élections de 1996 qui ont miné le processus. Arafat porte une lourde responsabilité en ayant laissé la seconde Intifada prospérer, sur des calculs faux. Après le pogrom du 7 octobre 2023 et les crimes de guerre à Gaza, que faire ?
Ouvrage passionnant et parfois partial.
Sylvain Bonnet
Henry Laurens, Question juive, problème arabe, Gallimard Folio histoire, septembre 2025, 1040 pages, 14,50 euros
