Les maîtres chanteurs du IIIe Reich, musiques et musiciens sous le nazisme
Du cinéma à la musique du IIIe Reich
Agrégée d’allemand et enseignante à l’université Paris-Dauphine, Isabelle Mity s’est fait remarquer en publiant Actrices du IIIe Reich, splendeurs et misères des icônes du Hollywood nazi (Perrin, 2022) où elle retraçait notamment l’itinéraire de l’actrice Zarah Leander. Elle est aussi une chroniqueuse régulière du magazine Historia. Avec Les maîtres chanteurs du IIIe Reich, elle choisit de s’intéresser à un autre aspect de cette dictature meurtrière.
La mise au pas

Il est impossible de séparer la musique de la culture allemande, à cause du nombre d’orchestres et des nombreux compositeurs nationaux. A leur arrivée au pouvoir en 1933, les nazis choisissent bien sûr de chasser les musiciens juifs et de favoriser la musique qu’ils aiment, Wagner en premier lieu (Hitler vénère le compositeur de Parsifal et Lohengrin), et d’essayer de récupérer les gloires encore vivantes ; ainsi Richard Strauss qui, pendant un temps, croit avoir le soutien nazi (avant de le perdre) et Carl Orff, l’immortel auteur de Carmina Burana. Les nazis mettent la musique classique au service de leur propagande en Europe, multipliant concerts et enregistrement, afin de mettre en valeur la culture aryenne. Cela n’exclut pas la musique populaire que les nazis adorent. En fait, si on suit Carola Stern, les nazis chantent beaucoup !
Du swing et d’Hollywood
Les nazis ont, au fond, un complexe vis-à-vis de l’Amérique. Face au jazz et au swing, très en vogue dans les années vingt et trente, le régime fait preuve d’un étonnant sens de l’accommodement. On laisse des orchestres en jouer, y compris avec des musiciens ou des chanteurs en partie d’origine juive. Car, étonnamment, beaucoup de nazis aiment le rythme enjoué du swing.
Cela ne les empêche pas de déporter les musiciens juifs restés en Allemagne, dont Viktor Ullman, l’auteur de L’empereur d’Atlantis composé en camp. Et Isabelle Mity démontre aussi combien furent nombreux les musiciens juifs allemands à partir en Amérique, bien souvent à Hollywood, où ils firent carrière : Kurt Weil un temps, Franz Waxman, Werner Richar Heyman, Friedrich Hollaender.
Etrange histoire qui montre aussi combien la musique est essentielle à l’âme humaine.
Sylvain Bonnet
Isabelle Mity, Les maîtres chanteurs du IIIe Reich, Perrin, avril 2026, 336 pages, 23 euros
