Mafias et pouvoir, puissance du crime organisé
Voici l’édition poche d’un essai de Jacques de Saint Victor paru en 2012 sous le titre Un pouvoir invisible, les mafias et la société démocratique (XIXe-XXIe siècle) dans la collection « L’esprit de la cité » chez Gallimard. Concrètement, la lecture de cet ouvrage est passionnante et on va voir pourquoi.
Une naissance finalement tardive

La mafia naît au sein du royaume de Naples, un état faible aux mains d’une dynastie de rois également faibles et sur les décombres d’un régime féodale qui subit les assauts de la Révolution français (lors de la fameuse république Parthénopéenne) avant d’être aboli lors de la restauration des Bourbons. C’est d’abord en Sicile que la mafia, ou la pré-mafia s’étend, en lien avec certaines grands familles nobles propriétaires de vastes domaines. Mais on trouve ici le phénomène en Calabre et dans les bas-fonds de Naples. En 1860, le royaume de Naples est absorbé par la nouvelle Italie des Savoie. Et la mafia commence à faire parler d’elle et de son influence, trouvant bénéfice à s’inviter parfois dans le jeu politique.
Expansion, rétractation, croissance
La mafia (ou les mafias) s’épanouit dans le sud de l’Italie et profite de la faiblesse de la puissance publique : c’est d’ailleurs une constante, là où l’état est fort, le phénomène mafieux peine à s’implanter comme ce fut longtemps le cas en France. L’immigration italienne en Amérique amène la mafia au nouveau monde mais les liens avec la Sicile sont de plus en plus ténus. Le fascisme combattra les mafieux, ce qui amènera l’armée américaine à négocier avec eux en 1943. Pour autant, Cosa Nostra en Sicile ou la Camorra à Naples ne prospèrent pas dans les années 1950 et 1960 car elles sont écartées des bénéfices du trafic de drogue transatlantique par la French connection corso-marseillaise. Le démantèlement de celle-ci change la donne, les mafias sicilienne, napolitaine et calabraise bénéficiant de ses relations avec la démocratie chrétienne d’Andreotti. Mais les mafieux prennent des risques en sortant de l’ombre et l’opération Mani Pulite réduit leur influence sans cependant les faire disparaître.
La fin des états providences permet aussi aux mafias de s’inviter sur les marchés financiers tout en s’implantant dans les anciens pays de l’est (en Russie, une autre mafia naît avec les Oligarques). Aujourd’hui, le phénomène est européen et l’explosion du narcotrafic en France gangrène le tissu social, pas encore cependant comme en Italie dans les années 1980-90. Pas encore… Très bon livre en tout cas.
Sylvain Bonnet
Jacques de Saint Victor, Mafias et pouvoir, Gallimard Folio histoire, janvier 2025, 560 pages, 11,90 euros
