Atlas de la préhistoire, un panorama mondial des premiers hominidés jusqu’au néolithique

Depuis sa création en 1993 la collection Atlas des éditions Autrement met en cartes, frises et graphiques des problématiques historiques, géopolitiques et sociales. Avec l’Atlas de la Préhistoire, la collection explore un domaine où les chercheurs sont peu enclins habituellement à proposer des datations et périodisations précises. Néanmoins, les recherches archéologiques aidées des innovations techniques, permettent aux contributeurs de ce livre d’assortir les cartes de frises chronologiques.

Il est donc établi que le genre Homo apparaît vers 2,6 millions d’années, qu’il essaime et se diversifie en diverses branches : homo erectus, ergaster, heildelbergensis etc. dont le plus ancien spécimen est localisé en Géorgie à Dmanisi. Certains espaces comme celui de la Chine, peu investigué jusqu’ici, laissent présager de nouvelles localisations susceptibles de détrôner en ancienneté ce site.

L’homme « moderne »

Un pas est franchi vers 300 000 ans av. J-C avec l’apparition d’Homo sapiens, notre ancêtre direct qui sort d’Afrique vers 60000 ans et côtoie d’autres espèces d’hommes aux capacités similaires, Neandertal originaire de l’Eurasie occidentale, et l’homme de Denisova, dans l’Altaï russe.

« La génétique a […] révélé des échanges répétés entre Homo sapiens, Néanderthaliens et Dénisoviens, produisant des hybrides fertiles. Ces contacts ont probablement impliqué, au-delà de la reproduction géographique, des échanges culturels et possiblement linguistiques ».

L’identification des populations

La datation ne permet pas à elle seule de caractériser un site : si le néolithique est situé en Europe aux alentours de 6000 -5500 ans av. J-C, des régions plus étanches aux influences comme l’aire de Sunda (Sumatra, Malaisie, Bornéo) ont connu des évolutions beaucoup plus récentes.

L’identification des populations se fait soit par des techniques de datations biologiques ou chimiques, mais surtout par les manifestations culturelles : techniques employées pour la fabrication des artefacts, expressions symboliques, art pariétal, mobilier, et gestes funéraires.

Le livre est extrêmement précis quant aux techniques de façonnage lithique, identifiées selon les méthodes de débitage, par percussion ou par pression (d’origine extrême-orientale et diffusée jusqu’en Béringie), cette dernière permettant de fabriquer des outils à manche dans lesquels on insère des lamelles tranchantes.

La diffusion des populations dépend de la topographie, de l’évolution des modes de transport (matières premières et personnes), mais aussi des changements climatiques. Les périodes de glaciation et de réchauffement ont libéré ou recouvert des espaces selon les continents. En effet, tandis que la fonte des glaciers dans le Nord libère des espaces propres à la vie mais sépare l’Asie et l’Amérique, le réchauffement qui s’amorce en Europe à partir de 16000 fait disparaître des espaces littoraux aujourd’hui sous les mers, comme la grotte Cosquer, et transforment la faune et la flore.

La Béringie « d’après l’explorateur danois Vitus Bering, était une steppe à mammouths avec d’immenses étendues de plantes herbacées et peu d’arbustes, foulées notamment par des mammouths, des rennes, des bisons, des lynx, des panthères, des ours, des chevaux, des loups ou des renards ».

 Des questions prégnantes

Certaines doubles-pages sont consacrées à des questions prégnantes comme celle de la singularité des Néanderthaliens, leurs différences physiques et culturelles d’avec les sapiens, la raison de leur extinction. La page intitulée « le Gravettien et ses représentations féminines » explique que le sens exact de ces représentations nombreuses à l’échelle de l’Eurasie n’est pas exactement déterminé.

L’atlas, véritable mise au point sur l’état actuel des connaissances ouvre différentes perspectives et présente la préhistoire dans toute son actualité. Aujourd’hui où se pose la question de nos différences d’avec les espèces animales, les riches développements définissent la façon spécifiquement humaine de fabriquer et d’employer des outils : la représentation symbolique peut-être un critère déterminant pour situer l’humain par rapport à d’autres espèces vivantes et distinguer par ailleurs les productions humaines de celles de l’IA.

Le livre est conçu de manière très pédagogique, chaque chapitre est précédé d’un résumé, chaque double page fait l’objet d’un chapeau, ce qui permet de se repérer dans les périodisations et de procéder à une lecture plus ou moins vagabonde.

Florence Ouvrard

Jacques Jaubert (sous la direction de), Atlas de la Préhistoire, cartographie de Mélanie Marie, Editions Autrement, décembre 2025, 96 pages, 24 euros

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