Je suis fille de rage, la Mort règne sur nous

Écrivain de fantasy (dans une veine historique), Jean-Laurent Del Socorro est l’auteur de Royaumes de vent et de colère (ActuSF, 2015) et surtout de Morgane Pendragon où il proposait une relecture audacieuse et stimulante du mythe du roi Arthur. Je suis fille de rage, réédition retravaillée d’un roman paru en 2019 chez ActuSF, nous emmène durant la guerre de Sécession en Amérique.

Guerre civile sous les yeux de la Mort

« Ceux qui déclenchent les guerres ne sont pas ceux qui en comptent les morts. Moi, je suis trop conscient de ce qui va arriver si je tire sur le fil relié à mon mortier. Je n’en veux pas de ce conflit entre le Nord et le Sud. Le capitaine James, lui, n’hésite pas à laisser Edmund Ruffin – un civil ! – nous donner cet ordre qui va nous plonger dans le chaos. Quand il nous demande d’ouvrir le feu, je ne bronche pas. »

Et c’est ainsi que la guerre de Sécession éclate à Fort Sumter. Confédérés et fédéraux, sudistes et nordistes, gris et bleus vont s’affronter. Chaque jour, le président Lincoln voit les murs de son bureau se couvrir de traits de craie : c’est la mort qui fait le décompte des morts. Pendant ce temps, une jeune sudiste qui sa famille pour combattre la Confédération, des esclaves rêvent de leur libération, Lee refuse de trahir la Virgine et Sherman, lui, le fou, rallie l’armée. La tragédie se prépare, la Mort, tristement, regarde les hommes s’entretuer et Lincoln se décider militairement à soutenir ses généraux les plus fermes et les plus durs. Et aussi, enfin, à abolir l’esclavage.

Un roman étrange

Construit sur des lettres, des télégrammes et des chapitres plus longs où les personnages vivent la guerre, Je suis fille de rage surprend l’attention accordée aux femmes. Rares sont les romans qui incluent un point de vue féminin sur ce conflit qui reste le plus meurtrier de l’histoire étatsunienne. Et pourquoi pas au fond ? Les chapitres consacrés au général Sherman, l’homme de la politique de la terre brûlée, sont passionnants. L’homme semble tanguer en folie latente et lucidité, hanté par la mort d’un fils qu’il idolâtrait. Notons que Jean-Laurent Del Socorro s’est efforcé d’être le plus exact possible historiquement, c’est louable. Le dialogue entre la mort et Lincoln se révèle, bien sûr, tragique.

A lire.

Sylvain Bonnet

Jean-Laurent Del Socorro, Je suis fille de rage, Albin Michel « imaginaire », mai 2026, 512 pages, 25,90 euros

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