Archéologie d’un amour de Jean-Noël Schifano
Oh l’amour !

On retrouve dans ce quatorzième roman de Jean-Noël Schifano, directeur de collection chez Gallimard, la plupart de ses thématiques : Naples et le Vésuve toujours ardent, le temple de Vénus, la mythologie du passé, déclinés dans une manière de lyrisme échevelé mais compact, d’une densité qui confine parfois à l’illisibilité : on ne peut plus respirer entre les lignes ! Le titre annonce la couleur : il s‘agit d’amour pour les vieux… aussi pour les jeunes filles ?
Giannatale, le narrateur, âgé, sortant tout juste d’un AVC rencontre Daphné, une ardente jeune fille qui parvient à ressusciter chez lui sa vigueur ancienne… Soit le rêve de tous les vieux jeunes hommes… En fait, plutôt que d’amour, il s’agit d’un érotisme marqué historiquement (ce qui donnerait au titre un sens second, celui d’un archaïsme ?) : en mai 68, Jean-Noël Schifano avait vingt-quatre ans. Il fait partie de ces jeunes hommes et femmes qui purent débrider leurs pulsions, parfois de façon excessive : ce moment fut celui d’une libération des femmes, des homosexuels et lesbiennes… mais aussi de l’inceste et de la pédophilie ! C’est dire que certains confondirent libération et perversion.
Libération et/ou perversion
Ce que notre auteur illustra dans son livre Anna amorosi (2020) sur lequel il revient dans notre roman, dans une manière d’autocitation : Giannatale déclare que le roman Anna amorosi (d’un certain Schifano?) l’a bouleversé et a changé sa vie… Le personnage d’Anna aurait été une femme réelle qui se livrait à la perversion de son mari, voyeur obscène et pornocrate, qui la faisait saillir devant lui par divers mâles… Jean-Noël Schifano en fait une héroïne de la libération des femmes ! Sur le site La cause littéraire, Philippe Leuckx en fit ce commentaire : « le roman de Schifano a de forts accents d’autobiographie déguisée ou infléchie ». Il dit aussi, ce qui reste vrai pour l’Archéologie d’un amour : « Ici, tout est lave, vulve, poison, volcanique passion ».
Tel est donc l’univers que Schifano décline de livre en livre, avec brio. La fièvre érotique en effet ouvre à la fantaisie : notre auteur joue sans cesse avec les limites du réel et de l’imaginaire, du présent et du passé, il en parait libéré. C’est que, quand la passion sexuelle trouve à être exaucée, elle procure le sentiment d’une toute puissance : comme si l’imaginaire avait supplanté le réel.
Freud dit quelque part que l’on croit désirer parce que l’on aime, alors que l’on aime parce que l’on désire. Chez Schifano, on en reste au désir…
Mathias Lair
Jean-Noël Schifano, Archéologie d’un amour, Gallimard/Folio, mars 2026, 160 pages, 8,10 euros
