Egalité, histoire d’une idée insaisissable

Professeur à Dartmouth College aux Etats-Unis, Darrin McMahon est connu des lecteurs francophones pour un ouvrage, Fureur divine : une histoire du génie (Fayard, 2013). Ici, il donne un essai sur l’idée d’égalité, de l’antiquité à nos jours. Quelle idée, aurait dit ma grand-mère !

Un concept aux contours flous dès l’origine

Il faut dire que l’idée même d’égalité est sujette à caution. Elle nait très certainement en Grèce lors de l’essor des cités et de la démocratie antique. Athènes par exemple, l’archétype de la cité grecque, a vu s’épanouir l’idée d’égalité mais aussi… Sparte. Cité plutôt oligarchique, l’égalité de traitement entre spartiates tend à être la norme : frugalité, repas pris ensemble, rejet du luxe. Mais cette équité des conditions se fait grâce à la servitude des hilotes, qui cultivent la terre pendant que les citoyens spartiates guerroient. L’idée d’égalité est-elle compatible avec l’universalité ? Cette tension se retrouve dans le christianisme, religion très égalitaire à ses débuts mais qui se transforme une fois adoptée par l’empire romain, structure largement inégalitaire même si la citoyenneté romaine a été étendue par Caracalla à tous les hommes libres en 212.

Un panorama complexe

A travers cet ouvrage, on sent bien que l’aspiration à l’égalité se retrouve tout au long de l’histoire humaine, très prégnante à certains moments… Mais l’inégalité des conditions reste tout de même la norme. Car à l’égalité politique des droits peut s’opposer l’inégalité des revenus et in fine des conditions de vie. Darrin McMahon en parle lorsqu’il évoque la critique marxiste, bien sûr. Il préfère s’attarder, pour la période contemporaine, sur les inégalités dans les anciens empires coloniaux, aux USA entre noirs et blancs – très bon chapitre sur les luttes des noirs américains -, entre hommes et femmes bien évidemment.

Une synthèse de bon aloi, pour beaucoup de lecteurs.

Sylvain Bonnet

Darrin McMahon, Egalité, traduit de l’anglais par Christophe Jacquet, Flammarion « le présent de l’histoire », octobre 2025, 530 pages, 26 euros

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