Combat toujours perdant, la poésie selon Michel Houellebecq

J’ai cherché une rime avec –court, comme dans Goncourt, puisque Michel tient à rimer, sans doute parce qu’en poésie ça ne se fait plus guère. J’ai trouvé page 47 du recueil :

Un peu de nos chairs tous les jours

La plaie suinte un peu tous les jours

La rime est un peu bégayante, mais du moment que ça suinte… Page 21, dans le poème heureusement titré « L’aube du dernier jour » (pas question de se marrer !) c’est mieux, plus houellebecquien :

Nous avons entrevu ce qu’on nomme amour

Nous avons approché le point de non-retour

(Attention, le premier vers boite un peu, pour bien alexandrer il faut bien articuler : « nom-me » et donc ne pas faire de liaison avec le « a » de amour)

Les titres des autres poèmes sont souvent du même acabit : En attendant l’envahisseur (sans doute les immigrés tant redoutés ?), L’éjaculation faciale (Sur le visage offert de celles qui nous aiment /qui accueillent avec joie, comme un second baptême / Ces enfants qui jamais ne viendront à leur terme), Au bout du bout (Les morts ne parlent plus beaucoup), Combat toujours perdant (On ne demandera qu’une mort sans souffrance), Perdus dans des rêves inutiles, et tutti quanti…

C’est que, d’entrée, notre poète se déclare prophète (ça rime !), il nous apprend que Le monde a basculé sur son axe, :

Occidentaux qui voulez vivre,

Vous êtes en fin de partie :

Voilà, c’est dit. Heureusement il ajoute :

Mais vous pouvez encore me suivre

Je suis le guide inespéré    

Et pour conclure le poème :

Je maîtrise les référentiels

Je sais que la fin sera triste

Nous voilà prévenus, merci Michel ! Et bravo : il doit être amusant de réussir à faire un succès d’un truc nul et chiant ! Quelle belle narquoiserie ! Voilà de quoi mépriser suprêmement ses lecteurs et autres adorateurs, et voir ainsi vérifié que ce monde est nul de nul.

Après le Goncourt, pourquoi pas un prix de l’Académie française ? Puisque ça rime…

Mathias Lair

Michel Houellebecq, Combat toujours perdant, Flammarion, mars 2026, 72 pages, 12 euros 

Combat toujours perdant - 1

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