Le Donald de Stefano Massini

Stefano Massini soutient que chacun de nous a vécu les dix minutes qui nous ont façonné. Donald, son personnage à peine fictif, a découvert très jeune, dès l’âge de huit ans, les arcanes du commerce non-équitable, ce que le directeur de son école écrit à son père, dans la langue de Massini :

votre benjamin

prétendait

que comme

le zéro veut dire rien,

écrire 1 dollar

équivalait à écrire 1 + 0

si ce n’est que

préférant

le portrait sur le billet de 10,

il verserait

non pas1 mais 2 dollars

à quiconque lui apporterait 10 dollars.

Notre Donald avait déjà acquis l’esprit du bizzness, et compris les finesses de la négociation à somme nulle, où le dominant ramasse toute la mise.

Stefano Massini nous retrace ainsi l’odyssée d’un enfant devenu golden boy, puis entrepreneur sans scrupule, avant de chercher à devenir le big boss du monde sous le nom de Donald Trump. Notre auteur est dramaturge, et consultant artistique du Piccolo Teatro de Milan, ce qui explique sans doute la langue orale et performative, en vers libres, qu’il adopte, comme le montre notre citation. À la lecture, on se fait vite à cette dégringolade de mots faite pour être dite, sinon vociférée par moments. 

Le livre s’achève lorsque notre héros devient président, c’est dommage. On y apprend que Mary Anne, la mère de Donald, est née MacLeod, elle vient tout droit du village de Tong, Écosse. Quant à son père, enfant il ne savait dire que : « Ich heiße Frederick Christ » comme le lui avait appris son propre père Christian Johannes Trump, né à Kallstadt, Bavière… et non pas « My name is Freddy » … Sans doute l’agence Immigration and Customs Enforcement (ICE) les laisseront-ils en paix ? Sans doute, puisqu’un immigré chasse l’autre, c’est la règle : l’ancien chasse le nouveau, surtout lorsque ce dernier est basané alors que l’ancien est WASP, blanc de blanc.

 À la fin du livre Donald descend de sa tour éponyme :

à partir de maintenant,

je ne fais plus d’affaires,

je suis l’affaire.

Il ajoute :

je n’écris pas l’histoire,

je suis l’histoire.   

Alors se termine cette biographie qui n’en est pas tout à fait une, mais plutôt le portrait psychologique de l’ivresse du pouvoir, et de l’angoisse cachée qu’elle provoque (quand vais-je tomber ?), comme si cette conduite hors limites avait une dimension ordalique, à la recherche du plus puissant qui le terrassera enfin. Massini suggère cela. Ce que soutiennent les psys : le délinquant chercherait la castration qu’il n’a pas subie enfant. Au lieu de la bonne castration qui lui aurait donné des limites où bien vivre, il n’en connaitra qu’une mauvaise… C’est tout ce qu’on ne souhaite pas au personnage de l’auteur…

Mathias Lair

Massini Stefano, Donald, traduit de l’Italien par Nathalie Bauer, éditions Globe, janvier 2026, 272 pages, 20 euros

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