A contre-voie, aimer une femme fatale
Une vague de rééditions réjouissantes
Gallimard a entrepris de rééditer certains polars de la Série noire, en choisissant des auteurs classiques comme Chandler et d’autres moins connus comme Gertrude Walker. Journaliste, scénariste de séries B (citons L’engrenage fatal du grand Anthony Mann), Walker écrivit des polars dans les années quarante et cinquante (comme l’expose dans sa préface Benoît Tadié). À contre-voie est censé être un de ses meilleurs romans.
Un homme face à une femme
« Lorsque le train de marchandises à destination de Minneapolis quitta la petite gare de Middletown, dans le Minnesota, il laissa derrière lui du matériel sans importance : quelques rouleaux de fil de fer barbelé, quelques caisses d’emballage, et moi. Et Dieu sait que je n’avais aucune espèce d’importance. Pour personne. Même pas pour moi. »

Vagabond et sans un sou vaillant, Walter Johnson n’a jamais eu beaucoup de chance. A son arrivé dans la ville de Middletown, il est accueilli par Elizabeth Frazer qui, du haut de sa fenêtre, lui fait signe de s’approcher. Walter se retrouve à faire une course pour elle à l’épicerie. Quand il revient, le mari d’Elizabeth est mort et cette dernière désigne Walter comme le coupable. Très vite, il comprend que c’est elle. L’affaire est mal engagée… et Walter choisit alors de s’enfuir avec Elizabeth. Car elle est belle, il en tombe amoureux. S’ensuit alors une liaison orageuse qui prend fin quand Elizabeth disparaît : tout désigne Walter comme son meurtrier. Il prend dix ans. Quand il sort, il n’a qu’une obsession : la retrouver. Veut-il la tuer ? Ou lui extorquer de l’argent ? L’aime-t-il encore ?
Un roman atypique ?
À contre-voie est un pur roman noir sorti des années quarante avec une femme fatale vénéneuse à souhait… et c’est écrit par une femme, ce qui étonnera ici et là dans le milieu littéraire d’aujourd’hui ! écrit à la première personne, ce roman surprend par une vengeance qui… tombe à l’eau. L’auteure passe beaucoup de temps à nous raconter l’itinéraire de Walter, balloté par la vie et qui, pourtant, tombe sur des personnes bienveillantes qui l’aident à se réinsérer. On se prend de sympathie pour cet homme abandonné par le rêve américain (devenu aujourd’hui un cauchemar). In fine, il échappe au pire… quoique. Un bon roman noir.
Sylvain Bonnet
Gertrude Walker, À contre-voie, traduit de l’anglais par Jacques Papy et révision par Providence Garçon-Nsimire, préface de Benoît Tadié, Gallimard « série noire », 288 mai 2025, pages, 14 euros
