L’empire des Plantagenêt, les Atrides du moyen-âge
Spécialiste du Moyen-âge et du monde Plantagenêt, professeur d’histoire à l’université de Poitiers, Martin Aurell est décédé au début de l’année 2025 au moment où les éditions Flammarion sortaient son excellente biographie consacrée à Aliénor d’Aquitaine, mère de Richard Cœur de Lion et de Jean sans terre. Les éditions Perrin ont réédité tout récemment L’empire des Plantagenêt, paru initialement en 2003.
Drôle d’empire !

Le titre interroge et c’est très bien. Car cet empire contient des territoires qui n’ont pas le même statut. L’Angleterre est un royaume où les rois Plantagenêt sont pleinement souverains et des fiefs sur le continent dans le royaume de France : là, le roi d’Angleterre est vassal du roi de France, ce qui est juridiquement complètement différent. Mais les Plantagenêt essaient de bâtir un espace politique et culturel, où clercs et aristocrates circulent, sans compter les produits commerciaux. Curieusement, la langue de cet « empire », à côté du Latin, est l’anglo-normand, du Français donc, parfaitement compréhensible de la cour du roi de France. Thomas Beckett, dont on connaît le destin tragique, n’aura à un moment aucun mal à trouver refuge dans le royaume de France.
Un effondrement rapide
Si cet « empire » tient un siècle, il s’effondre en tout cas après la mort de Richard Cœur de Lion. Une des raisons principales tient dans les querelles de famille, innombrables dès le règne d’Henri Plantagenêt, qui aboutissent à des guerres civiles endémiques entre le roi et ses fils, puis le roi et ses frères. Si les Plantagenêt ont une politique matrimoniale ambitieuse, leurs querelles, qui vont, rappelons-le, jusqu’au meurtre (songeons à Arthur de Bretagne tué sur ordre de son oncle Jean), fragilisent leurs possessions : le roi de France Philippe Auguste finit par s’emparer de la majeure partie de leur domaine et il s’en faut de peu pour que son fils Louis s’empare du trône d’Angleterre.
Martin Aurell nous manquera.
Sylvain Bonnet
Martin Aurell, L’empire des Plantagenêt, Perrin « Tempus », juin 2025, 576 pages, 11 euros
