American airlines, le jeu de la vie et de la mort

Un auteur qu’on suit

Thierry Brun a commencé sa carrière d’écrivain de polars avec Surhumain (Plon, 2010). Nous l’avons personnellement découvert avec l’excellent Pour seul pardon (Jigal, 2021) et Epaulard (Jigal, 2022) où il s’attachait à retracer des itinéraires de personnages singuliers plongés dans l’horreur de ce monde. American airlines, sorti chez Kubik Editions en juin dernier ne déroge pas à cette règle.

Trouver sa place au soleil

Rue Saint-Thomas-d’Aquin. Dans le salon tout en dorures et bibelots, Nacima, la belle brune, remplit les coupes en cristal d’un champagne millésimé et fait les yeux doux à Magnus Belezovsky, le vieux russkof qui, contre toute attente, vient de retourner un brelan de dix et rafler le pot.

Julien Kirby, un ex-militaire, une vingtaine d’années, a décidé de faire fortune via le poker. Il renoue ici avec la passion de sa mère, Michèle, chez qui il vient de retourner. Michèle, à la fois courtisane et prostituée, joueuse et dévoreuse, pas vraiment la mère idéale, lui a donné quelques leçons. Il avait prévu de plumer le vieux russe avec l’aide de Nacima mais ce dernier le bat et l’humilie en lui donnant des leçons sur la vie. Julien voit rouge et se débarrasse de lui… Quelques années plus tard, Julien gagne très bien sa vie comme joueur de très haut vol. Il a rencontré Charlène, s’occupe de sa mère qui décline. Tout devrait aller pour le mieux sauf qu’il se sent épié. Espionné. La famille de Belezovsky recherche le coupable, ont-ils compris que c’était lui ? Julien flippe. Et finit par fuir dans la région natale de sa mère, à la montagne… Mais on le retrouvera.

Un roman féroce

American Airlines est beaucoup de choses. D’abord un roman sur le jeu et l’addiction qu’il entraîne (connaître un peu le poker aide) ; ensuite c’est un roman familial avec cette relation mère/fils très toxique dont le héros n’arrive pas à se sortir. Et puis c’est un récit de vengeance, celle de cette famille russe avide de connaître le coupable et qui fait péter les plombs à Julien. C’est noir et très bien fait. Notons enfin l’importance de la nature dans le dernier tiers du roman, comme dans Pour seul pardon, ultime refuge de l’homme pourchassé.

American Airlines est un roman exigeant, d’une noirceur psychologique de bon aloi. Foncez, vous ne le regretterez pas.

Sylvain Bonnet

Thierry Brun, American airlines, Kubik Editions, juin 2023, 222 pages, 17,50 euros

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :