La vie des femmes au Moyen Age : une nouvelle relecture

Longtemps, l’histoire du Moyen Age s’est écrit au masculin. Les figures dominantes – seigneurs, guerriers, clercs – ont occupé l’espace du récit. Quant aux femmes, elles sont reléguées loin de l’analyse historique. Avec La vie des femmes au Moyen Age, Justine Audebrand propose une véritable archéologie sociale du féminin médiéval fondée sur une relecture attentive des sources normatives et de la documentation pratique.

L’originalité de cet ouvrage tient précisément à ce travail de dévoilement :  chartres, testaments, contrats de mariage ou inventaires après décès deviennent autant de portes d’entrée vers des existences longtemps ignorée de l’historiographie traditionnelle.

Une historienne, spécialiste de l’histoire des femmes

Historienne médiéviste, Justine Audebrand est spécialiste de l’histoire sociale et culturelle du haut Moyen Age. Ses travaux portent notamment sur les structures familiales, les pratiques juridiques et les formes de pouvoir exercée par les femmes entre le Vie et le XIe siècle.

S’inscrivant dans le renouveau historiographique attentif aux acteurs et actrices longtemps marginalisés par les sources, elle privilégie une approche fondée sur l’analyse des documents de la vie pratique (testaments, contrats, chartes) afin de reconstituer au plus près les conditions de vie des femmes médiévales.

Des statuts multiples : entre dépendance et autonomie

 Loin de toute vision monolithique, l’autrice restitue la diversité des conditions féminines entre le VIe et le XIe siècle. La femme médiévale n’est ni systématiquement dominée, ni véritablement libre : elle évolue dans un système de contraintes juridiques et sociales qui laisse cependant place à des marges d’action.

Certaines veuves administrent des patrimoines. D’autres plaident devant les tribunaux ou négocient des alliances matrimoniales. La dépendance n’exclut donc pas toute capacité d’initiative.

Les femmes au travail : une présence économique essentielle

L’un des apports majeurs de l’ouvrage à mon sens est de réinscrire les femmes dans l’économie médiévale. C’était un manque historiographique. Le remarquable ouvrage, sous la direction du regretté Philippe Contamine, sur l’économie médiévale (L’économie médiévale, Armand Colin, 2003)ne les évoque guère. Qu’elles soient paysannes, artisanes ou marchandes, elles participent pleinement à la production et à la gestion des ressources familiales.

Ainsi le livre met en lumière cette dimension si souvent occultée : l’économie domestique, l’exploitation agricole ou la tenue d’un atelier repose fréquemment sur une division sexuée du travail où la contribution féminine s’avère déterminante.

Gouverner, transmettre, prier : les formes du pouvoir féminin

Le pouvoir féminin ne se limite pas à la sphère domestique. Certaines femmes exercent une autorité réelle au sein des monastères. Elles administrent les terres ou assurent la continuité du lignage.

A travers l’étude des abbesses ou des aristocrates, Justine Audebrand montre que les espaces religieux peuvent constituer des lieux d’apprentissage, de gestion et parfois de commandement.

Une autre lecture du Moyen Age et ses limites

En définitive, La vie des femmes au Moyen Age ne se contente pas d’ajouter un chapitre à l’histoire médiévale. Cet ouvrage en modifie la perspective. En replaçant les femmes au cœur des dynamiques sociale, économique et spirituelle, l’ouvrage invite à repenser la société médiévale dans son ensemble.

Cependant, dans cet ouvrage, l’analyse repose largement sur des études de cas dont la représentativité peut être discutée. La documentation concernée concerne prioritairement les milieux aristocratiques ou ecclésiastiques. Cela tend donc à initialiser les expériences féminines les plus modestes. En outre, l’articulation entre les normes juridiques et les pratiques sociales aurait gagné à être davantage problématisée, notamment dans le cadre des évolutions régionales.

Au final, ce livre constitue une contribution importante à une histoire sociale renouvelée du haut Moyen Age. Un ouvrage à lire et qui restera dans les esprits comme une nouvelle contribution dans l’historiographie.

Franck Dupire

Justine Audebrand, La vie des femmes au Moyen-âge, Perrin, février 2026, 400 pages, 23 euros

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