Laissez-moi brûler en paix, une Amérique à la dérive

Ancien chanteur de rock (c’est une qualité rare d’avoir eu un groupe de rock), Peter Farris était aussi guichetier de banque. Banque qui fut braquée, l’expérience lui inspira d’ailleurs son premier roman, Dernier appel pour les vivants (Gallmeister, 2015). Il est devenu depuis un auteur majeur du roman noir américain selon la critique : on va vérifier ça avec Laissez-moi brûler en paix.

Le passé ne meurt jamais

« Le soleil dans le dos, je me tiens derrière les élèves, bras croisés, et je dis :

            – Envoyez la purée.

Portant des lunettes de protection et des bouchons d’oreilles, mes douze stagiaires, uniquement des femmes aujourd’hui, chargent leurs pistolets, les remettent dans leurs holsters, et attendent le bruit du chronomètre de tir. C’est un objet bleu portatif, équipé d’un micro qui enregistre les balles tirées par une arme. »

Sallie Crews, ancienne policière, s’occupe d’un stand de tir près d’Atlanta et vit avec son amant Tommy, loin de ses enquêtes passées et de la violence qui secoue l’Amérique. Mais le passé se rappelle à elle : un juge à la retraite, pour qui travaillait l’ancienne unité de Sallie, est retrouvé mort assassiné. Dans le même temps, Sallie reçoit des appels anonymes. Elle se sent ciblée, menacée. Tout remonte à une vielle bavure dont elle a été une protagoniste involontaire. Personne ne sortira indemne de cette histoire.

De la percussion du roman noir

Il est évident que Laissez-moi brûler en paix est la preuve d’un talent évident. On y trouve la description d’une Amérique marquée par la guerre contre la drogue et les dérives d’une police, qu’elle soit d’état ou fédérale, où certains nourrissent des ambitions politiques. Rien n’est simple dans ce roman où le gris domine. Laissez-moi brûler en paix se lit aussi selon plusieurs points de vue, ce qui est toujours enrichissant. On attend donc beaucoup de Peter Farris.

Sylvain Bonnet

Peter Farris, Laissez-moi brûler en paix, traduit de l’anglais par Alexis Nolent, Gallmeister, septembre 2025, 432 pages, 24,90 euros

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