Les Trente Glorieuses, corruption passée et présente

Journaliste, Thomas Cantaloube a décidé, comme beaucoup avant lui, de devenir écrivain de polars, et à la Série noire, s’il vous plaît ! Requiem pour une République, Frakas et Mai 67 ont installé un ton, une ambiance, ancrée dans les années soixante, dénonçant les turpitudes d’une Ve République gaullienne. Les Trente Glorieuses se situe à Marseille et propose un récit ancré dans le présent et le passé.

Quand le crime du passé remonte à la surface du présent

« C’était l’un des premiers beaux jours de mars provençaux, lorsque le soleil se décidait à chauffer, incitant les gamins à déserter leurs consoles et leurs tablettes pour se lancer dans des parties de cache-cache dans les jardins de la cité. Coup de chance, cette journée tombait un mercredi. Le « Gang », comme se surnommaient Issa, Samia, Nathan et Dimitri, avait obtenu des parents de pouvoir pique-niquer sur la pelouse. »

Quatre gosses font les idiots dans leur cité des Trente Glorieuses à Marseille et jouent à cache-cache dans les caves lorsqu’ils découvrent deux cadavres momifiés dans une pièce du chauffage urbain. Kader, un vieil architecte franco-algérien les a vus. Le plus étonnant est que leur découverte ne suscite que peu d’intérêt de la part de la police locale. Kader finit par appeler un journal pour remuer un peu la merde, finissant par trouver des alliées avec Aline, une travailleuse sociale, et Inès, directrice adjointe de la RPSLM. Car les deux cadavres remontent aux années soixante-dix, du temps des magouilles de Deferre et de l’UDR gaulliste. L’homme d’affaires Pierre-Yves Fondari cherchait alors à se faire élire député. Cinquante ans plus tard, son fils Yves-Xavier cherche à se faire nommer ministre par Macron. Magouilles, crime et compagnie, rien ne change sauf que le passé interpelle toujours le présent…

Le roman noir de nos turpitudes

Les Trente Glorieuses est un roman noir et fonctionne très bien : Thomas Cantaloube réussit très bien à créer une ambiance typique du genre, appuyé sur critique de notre société et du mélange des genres entre politique, affaires immobilières et crime : à Marseille, cela sonne encore plus réaliste quand on connait un peu le passé de la ville (il y aurait un roman à faire sur Deferre). Les personnages sont bien typés et la structure narrative entre présent et passé se révèle très efficace, Une réussite donc même s’il manque quelque chose (de la folie ?).

Sylvain Bonnet

Thomas Cantaloube, Les Trente Glorieuses, Gallimard « Série noire », avril 2026, 368 pages, 21 euros

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