Chiens, encore un instant monsieur le bourreau
Sébastien Gendron est un être double. Côté pile, il écrit pour la jeunesse avec des livres comme L’homme à la voiture bleue (Syros, 2014) ou Dans le collimateur (PKJ, 2024) ; côté face, il écrit des romans noirs comme Fin de Siècle (Gallimard,), Chez Paradis (Gallimard, 2022) ou Chevreuil (Gallimard, 2024). Ce dernier était plutôt « salé ». Chiens, publié dans la collection « La Noire » comme Chevreuil, est un peu dans la même veine.
Un détective pas comme les autres
« C’est 2022 ou 2023, je ne sais plus. Peut-être d’ailleurs est-ce plutôt 2024, voir 2026. Enfin bon, toujours est-il que ça se passe un été de la fin de notre ère, en pleine période de post-vérité libératoire – c’est dire la latitude que j’ai ici d’être imprécise si ça me chante. »

A Saint-Piéjac, petit village paumé, voici que passe Daniel Pabst. Quarante ans, vieux garçon viré par sa mère plutôt riche suite à une enquête qu’elle avait commandé à l’agence Borotra. Daniel ne voit rien de mieux à faire que de se faire engager par Borotra, histoire d’apprendre un métier. Il assiste alors à un étrange échange de mallettes entre son patron et un type bizarre. Daniel n’en rate pas une miette et, dès que sa première enquête sur un adultère échoue (il se fait menacer le petiot), décide de faire la lumière sur cet échange. Et va en découvrir des vertes et des pas mûres… Tandis que nos les amis les chiens guettent.
Comédie humaine
Chiens se déroule dans le même univers donc que Chevreuil (et Python). On a droit à une histoire sombre et souvent décalé, voire drolatique qui évoque un grand ancien comme Pierre Siniac (le bougre mérite des rééditions). On sourit, on grince, on se demande aussi dans quel monde on évolue. C’est cynique, dru et parfois cru, jamais cruel. Ceux qui ont aimé les précédents romans de Gendron adoreront ce nouvel opus, ultime volet de sa trilogie animale.
Sylvain Bonnet
Sébastien Gendron, Chiens, Gallimard « La Noire », avril 2026, 320 pages, 20 euros
