Les ennemis de Napoléon, une galerie de portraits

Ancien élève de l’ENS, auteur d’une remarquable histoire de la Prusse (Seuil, 2005) et plus récemment d’une biographie d’Eugène de Beauharnais plutôt réussie (Tallandier, 2021), Michel Kerautret, spécialiste des relations internationales à l’époque du Premier Empire, nous donne ici un ouvrage qui se veut une série de portraits, Les ennemis de Napoléon.

Des adversaires naturels

Tous n’ont pas le même profil. Pitt, Castelreagh et Wellington font ainsi figures d’ennemis naturels, les Anglais ayant été les adversaires les plus constants de Bonaparte devenu Napoléon jusqu’à la défaite finale de Waterloo. Le prussien Blücher, qui l’a rencontré, peut aussi être classé dans cette catégorie d’irréductible, à l’instar de Louis XVIII, espérant retrouver son trône (rarement une pareille obstination a payé, ce fut son cas). On pourrait aussi classer le cousin Pozzo di Borgo dans cette catégorie, rien de pire qu’une haine entre Corses… Metternich, lui, a longtemps louvoyé, joué une partie d’échecs avec Napoléon, comme le tsar Alexandre.

De l’art de se faire des ennemis

Mais Napoléon a réussi à se brouiller avec pas mal de personnes qui l’ont ensuite poursuivi de leur vindicte alors que rien, à l’origine, ne les y poussaient. Passe encore pour madame de Staël, intellectuelle libérale qui a tenté de le séduire et qu’il a, disons, éconduite et un peu persécuté (il avait fini par le regretter) mais que dire de ses brouilles avec Bernadotte, un de ses maréchaux, ou le pape Pie VII, pourtant à l’origine bien disposé envers lui ?  Sans parler de la pire rupture de toutes, celle avec Talleyrand. Le diable boiteux a en effet comploté la chute de celui qu’il avait longtemps soutenu, peut-être même aimé (si tant est qu’un homme comme Talleyrand puisse aimer), en vendant ses conseils aux Russes et en faisant parvenir des plans militaires aux Autrichiens. Et Napoléon n’a rien vu… Cécité des grands hommes !

Un essai intéressant.

Sylvain Bonnet

Michel Kerautret, Les ennemis de Napoléon, Tallandier, mai 2026, 432 pages, 24,50 euros

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